Balades Cendrillon

Lot et Dordogne à moto. À la découverte du Quercy

Par Alfredo Monteiro de La Chapelle-St-Martin (41, Loir-et-Cher)

Après la Creuse, nous décidons de profiter du mois de mai pour nous faire une semaine dans le Quercy. “Nous”, c’est Isabelle ma passagère, SO6 notre teckel et moi-même, un excellent trio. Sans oublier bien sûr notre BMW F 650 GS, trail passe-partout mais vaillant au possible ! Notre gîte se trouve à Payrignac, entre Gourdon et Sarlat. C’est parti pour 1400 km de découvertes, entre Lot et Dordogne.

Lot et Dordogne à moto. À la découverte du Quercy

1er jour

Départ le lundi matin de Blois (Loir-et-Cher, 41) pour rejoindre l’A20 à Déols (Indre, 36), direction Brive-la-Gaillarde (Corrèze, 19) ; ce n’est pas tant que j’apprécie de rouler sur cette belle bande de bitume avec mon mono, mais c’est pour une question de temps !
Nous sortons à Limoges pour la pause déjeuner, et on profite de l’occasion pour voir la gare, édifice inscrit aux monuments historiques.
Arrivés à Payrignac notre camp de base, on prend possession de notre gîte avec un accueil très chaleureux de notre hôtesse, une dame de 82 ans très gaie et souriante. Puis c’est parti pour les visites !

Gourdon

Petite cité médiévale du Lot (46), perchée sur une colline. On déambule dans la vielle ville et on visite la chapelle de Notre Dame-des-Neiges, construite sur une source miraculeuse. La balade est très sympa, on admire la porte fortifiée, les maisons à colombages, et quel plaisir de flâner dans les ruelles étroites sinuant jusqu’à l’esplanade de l’ancien château ! Là, au-dessus de la table d’orientation, s’offrent à nous des points de vue sublimes sur les paysages vallonnés du Périgord et sur les toits de la ville. Ne pas manquer non plus les jardins thématiques, appelé jardins de la Butte.

2e jour

Nous prenons la direction de Saint-Cirq-Lapopie pour la journée. Dommage que le temps soit nuageux et pluvieux, car la route est superbe, surtout entre Vers et Tour-de-Faure

Le saviez-vous ?
Le Quercy est une région du Lot juste à la frontière du Périgord Noir et de sa capitale Sarlat. Cette ancienne province s’étend également sur la moitié nord du Tarn-et-Garonne et quelques communes de l’Aveyron, de la Dordogne et de la Corrèze. 

Saint-Cirq-Lapopie

Si la route est superbe, le village n’est pas en reste. Il mérite bien de figurer au label des plus beaux villages de France, mais il est vrai que nous sommes dans une région très bien pourvue dans ce registre. Ce bourg compte tout de même 13 monuments historiques ! Les anciennes maisons nous montrent des façades de pierres ou à pans de bois, caractérisées par des toits de tuiles plates, à fortes pentes. Tout le village témoigne des anciennes activités artisanales avec des métiers comme peaussier, tourneur sur bois, chaudronnier…
Nous quittons le Lot pour la Dordogne.

3e jour 

Sarlat

Incroyable vielle ville très bien sauvegardée, avec un record de monuments classés : 66 ! Si vous montez tout en haut de l’église Sainte-Marie, vous aurez une vue unique sur Sarlat, grâce aux parois vitrées donnant un panoramique à 360 degrés.

Domme

Située à 150 m au-dessus de la rivière Dordogne, perchée sur une falaise vertigineuse, cette bastide aux pierres dorées vaut le détour. Les remparts et portes témoignent le la guerre de 100 ans. La Porte de Tours, quant à elle, vit de nombreux Templiers emprisonnés sous ordre du roi Philippe IV Le Bel.
Et, sous le village, à 20 m de profondeur, se trouve une grotte naturelle découverte par des enfants en 1912, aujourd’hui elle se visite.

Côté terroir.
Les spécialités périgourdines.
Le tourin blanchi est une soupe à l’ail, mijotée à la graisse d’oie et aux œufs, complétée d’oseille ou de tomate, que l’on accompagne de tranches de pain. Il était traditionnellement servi aux jeunes mariés.
Le confit d’oie se déguste avec des pommes sarladaises : pommes de terre sautées à la graisse d’oie, aillées, persillées et accompagnées de cèpes.
Le cabécou, fromage au lait cru de chèvre, se présente sous forme de petits palets, il se déguste “jeune” et se marie parfaitement avec une salade de noix. Le cabécou d’Autan est fabriqué précisément sur les plateaux du Quercy.

4e jour 

Rocamadour 

Nous y accédons par le bas et la départementale 32, on arrive alors devant ce village accroché à la colline à la sortie d’un virage, magnifique. Nous découvrons ce site de pèlerinage, connu pour les miracles attribués à sa Vierge Noire, mais aussi pour l’épée de Roland figée dans le roc.
Nous en repartons par la D673 toute en virages au milieu d’étendues désertiques et caillouteuses. 

5e jour 

Le gouffre de Padirac 

Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est 35 m de diamètre, plus de 100 m de profondeur, une rivière souterraine, des salles et des stalactites monumentales. Exploré par M. Martel qui y descendit à l’aide d’une échelle de corde. La légende dit que le gouffre fut créé par le diable, et que Saint Martin chevauchant une mule, suite à un pari avec lui, sauta d’un bond par-dessus le gouffre et sauva les âmes que le diable emmenait. Une autre histoire dit aussi que pendant la guerre de 100 ans les Anglais y auraient caché un énorme butin… En tout cas la descente dans ce gouffre est impressionnante ! 

Puis c’est la découverte des villages d’Autoire et ses pigeonniers carrés, Loubressac et ses maisons de pierres ocre, Saint-Céré appelée la petite Venise à cause de son réseau de canaux.

6e jour 

La Roque-Gageac

Magnifique, en Dordogne le long de la rivière du même nom. Maisons aux façades blanches et ocre, petites ruelles qui mènent au pied de la falaise pour une vue à couper le souffle… Et un petit jardin exotique assez étonnant, avec bananiers, agaves, divers cactus…

Nous continuons par les châteaux de Castelnaud-la-Chapelle (château fort magnifiquement restauré) et Beynac face à face, l’un était Anglais et l’autre Français pendant la guerre de 100 ans.

7e jour

Cazals

De retour dans le Lot, nous faisons le marché puis pique-nique au bord de l'étang communal, il y a aussi le musée des vielles mécaniques à voir. 

À voir.
L’Atelier-Musée de l’Association Quercynoise des vieilles mécaniques de Cazals. Tél : 05 65 20 29 68 ; site Internet : www.vieillesmecaniques.com  

Nous passons ainsi par de très belles routes et des paysages splendides. Une région où l’on peut rouler tranquille pour admirer falaises, cours d’eau, grottes et vallées.
Les gourmands sont bien lotis également avec bien sûr toutes les recettes périgourdines, c’est le pays de l’oie, du canard et de la truffe. Les amoureux de belles demeures et belles pierres seront aux anges.

Pendant une semaine, notre triplette (Isabelle, SO6 et moi) n’a découvert qu’une partie de cette magnifique région et il nous faudra sûrement revenir pour compléter l’exploration de ce magnifique coin de France.

Une très belle balade à moto parue dans le numéro 103 du JDM.  

 

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Road-trip Harley sur la Route 66. Les USA d'Est en Ouest (première partie)

Par Marie et Ludovic Lefèbvre de St-Pierre-Quiberon (56, Morbihan)

9 700 km, 17 États, un nombre incalculable de rencontres, de galères, de moments de pur bonheur. Une aventure hors-normes qui vaut bien trois épisodes !
• Dans la première partie (JDM n° 109), nous faisons connaissance avec Marie et Ludovic, motards sur BMW R 1150 RT. Ils nous emmènent à travers, entre autres, la Pennsylvanie, le Kansas, le Colorado, en commençant par New-York. 17 jours de trips variés et détonnants.
• Dans la deuxième partie (JDM n°110), place aux grands espaces mythiques de l’Utah avec Monument Valley, mais aussi le Colorado, l’Arizona et le Nevada. Une semaine au coeur d’une nature puissante et extravagante, vous en prendrez plein les yeux.
• Enfin, la troisième et dernière partie (JDM n°111) nous plongera 5 jours dans l’univers impitoyable de Santa-Barbara, Malibu, San Francisco… La Californie, baby !
• Quant à la sacoche réservoir publiée dans le JDM n° 111 (toutes les infos pratiques), elle est à retrouver ici.

Road-trip Harley sur la Route 66 partie 1

Généalogiquement motard

Avec un arrière grand-père, un grand-père, un père et un oncle motards, il était difficile de ne pas avoir quelques gènes de motard.
En 1976, à 16 ans, je passe la “licence”, achète ma première moto, une 125 MZ. Durant deux années, elle m’emmènera en vacances à travers la France.
1978, le permis moto en poche, j’achète une vielle BMW R50/5.
1980, toujours fidèle à la marque, je fais l’acquisition d’une R90/S, un bijou !
1986, attiré par la nouveauté, je passe à la K100, plus fiable mais plus sage.
Avec ces motos, mes deux plus beaux voyages seront la Corse et l’Écosse.
S’en suivent, pour des questions de finances, quelques années sans moto, les choix sont parfois difficiles…
2013, ma compagne Marie m’offre la location d’une R 1200RT pour une journée. Le virus me reprend, quelques mois plus tard, nous faisons l’acquisition d’une R1150 RT.
Mes rêves motards inassouvis sont toujours là : le cap Nord, la Route 66, le Tourist Trophy et bien d’autres.

Naissance du projet

En 2015, lors d’une séance ciné, Marie et moi découvrons un film sur la Route 66 parcourue par un motard canadien. La graine est semée, elle va germer tranquillement.
En 2016, pour notre mariage, le cadeau de mariage est tout trouvé : une aide à notre projet de voyage “Route 66”. L’idée d’origine est de partir de Chicago et d’aller jusqu’à Los Angeles. Un mois, nous deux et une moto.
Et puis, le projet s’affine. L’occasion est trop belle, surtout trop rare : pourquoi ne pas partir de New-York, pourquoi ne pas faire un détour par les chutes du Niagara et traverser les USA ?
Bref, nous rallongeons sciemment le parcours en évitant d’avoir trop de contraintes ni trop de passages obligés. Nous voulons pouvoir adapter le voyage en fonction des aléas.
L’itinéraire se précise, il faut vite choisir la moto et acheter les billets d’avion.

La moto 

Première idée, passer la 1150 RT par avion ou par cargo. Trop long, trop risqué, trop cher, trop compliqué.
Deuxième idée, acheter une moto sur place et la revendre à l’arrivée. Trop aléatoire, tant pour l’état de la moto que pour les assurances et pour la revente.
Dernière idée, louer sur place. En comparant les prix, la solution la moins chère, et qui semble présenter les meilleures garanties, est de passer par un intermédiaire français (nous verrons que dans notre cas, c’est une erreur).
Il nous faut une moto fiable, sur laquelle il est possible de charger les affaires personnelles et l’équipement technique indispensable. Et aussi, une moto confortable pour la passagère (c’est toujours plus facile au guidon qu’appuyé au top-case).
Les Harley semblent bien adaptées (la suite nous montrera que non) et sont moins onéreuses à la location que les BMW. Et puis, les USA sur Harley, c’est quand même une expérience, cela se confirmera.
Entre septembre 2016 et juillet 2017, nous consacrons le temps qu’il faut pour les préparatifs divers tels que l’équipement personnel, le matériel, les hébergements et les réservations de visites.
Le constat est qu’il faut s’y prendre assez tôt. Certains sites comme Antelope Canyon ou le train pour Sylverston sont à réserver plusieurs mois à l’avance. 

1er jour, premiers pas aux USA 

Cette fois nous y sommes, le projet que nous concoctons depuis plus d’un an se concrétise.
Quelques péripéties à l'arrivée, mais tout va bien ! En effet, il n’est pas facile de rejoindre un logement Airbnb à l'autre bout de New-York et de tomber sur une porte close... Les hôtels étaient complets ou hors de prix mais on a fini par en trouver un vers 3 h 30 du mat’... Petite nuit mais grande pêche ! 

2e jour, New-York, New York ! 

New York City : frénétique, magnétique, vertigineuse… C’est la ville de tous les superlatifs !

109 Road trip Harley Route 66 part 1 1Journée dédiée aux lieux incontournables de cette mégapole. Chaque quartier a sa propre identité et possède ses lieux mythiques. Manhattan, le plus emblématique, avec Time Square, la gare Grand Central Station, le Rockefeller Center, le Metropolitan Museum of Art… Les quartiers ethniques comme China Town, Harlem…
Le quartier de la finance et ses buildings impressionnants, le pont de Brooklyn, “Ground Zero” dans le quartier de Lower Manhattan marquant l’emplacement des anciennes tours du World Trade Center. Ils sont tous extraordinaires, évidemment surdimensionnés. 

3e jour, ça commence mal… 

Mauvaise surprise chez le loueur de motos : il nous annonce que la Harley n'est pas là et qu'elle arrivera le samedi suivant. Évidemment, ça passe mal, d’autant que nous avons réservé la moto au mois de février en passant par un prestataire français (All Ways On Wheels), histoire d’être tranquilles et bien compris.
Échange de coups de téléphone avec la France, négociations et au final nous héritons d’une vieille Electra Glide aux freins médiocres, sans porte-bagages, qui perd de l’huile et guidonne généreusement aux freinages ! Pour fixer notre valise, nous bricolons une fixation de fortune. Résultat, plusieurs heures de retard sur l’heure de départ prévue de NY, dans une circulation bondée de fin d’après-midi. Mais ça y est, nous partons. 

Après plus de 2 heures de bouchons sur des axes routiers aux revêtements défoncés, nous sommes obligés de rouler de nuit pour rattraper une partie du retard. La circulation nocturne nous épuise (camions américains doublant à plus de 130 km/h, accident de voiture impressionnant, cervidés présents sur les voies). La nuit passée dans un hôtel des Appalaches est délicieuse…

4e jour, les Appalaches 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 2Nous avons le bonheur de poursuivre de jour la traversée des Appalaches, paysages sauvages de moyenne montagne.
Nous prenons la direction de la frontière canadienne en passant par la Road 20 qui relie la côte est à la côte ouest. Une route bordée de fermes américaines et de maisons en bois, "comme dans les films".
Et puis, c’est les chutes du Niagara ! Juste à la frontière entre les États-Unis et le Canada, cet ensemble de trois chutes d’eau est incontournable. Elle sont à la fois gigantesques par la dimension et décevantes par le décor, côté canadien. Elles sont en effet situées en plein ville. Mais elles restent ô combien impressionnantes ! 

Il y a encore de la route (300 km) pour arriver à notre hébergement dans l'Ohio. Nous arrivons à Perry à 22 h, juste avant un énorme orage. Accueil très chaleureux dans une maison splendide. Nous pouvons nous poser après ces 770 km parcourus dans la journée. C'est normalement l'étape la plus longue du voyage. 

Nous sommes agréablement surpris par la qualité d'accueil des Américains rencontrés depuis notre arrivée. Ils sont extrêmement serviables, chaleureux et disponibles. Toujours prêts à rendre service, prenant le temps… On demande notre route à une inconnue, elle nous y emmène en voiture alors que c'est à 30 min. Et ce n'est qu'un exemple. 

5e jour

Nous quittons Perry, sur les rives du lac Erié en passant par Cleaveland. Étape de liaison sur la Hightway 90, une des plus longues routes des USA. Des trucks encore et encore, ils transportent de tout !
Arrivés à Angola (Indiana), nous avons un peu la sensation de vivre un conte de fées.
L’Airbnb se trouve au bord d'un lac, dans une jolie maison en bois. Un couple âgé, charmant nous accueille. Le spa est à notre disposition sur la terrasse. Dans la nuit, les fireflies (lucioles) animent le décor de leur lumière. Le confort intérieur est à l'image du cadre environnant.
Réveil enchanteur avec tout ce qu'il faut : oiseaux, écureuils et un bon café (assez rare jusqu'à présent).
Demain, direction Chicago. Le changement va être brusque... 

6e jour, du Michigan à l’Illinois 

Ce matin, ciel gris, nous quittons avec quelques regrets le petit paradis Airbnb que Marie avait trouvé. Pour profiter encore un peu de cette région parsemée de lacs, nous optons pour un détour par le Michigan, tout proche.
Ambiance champêtre au programme. Nous croisons des Amish en calèche et découvrons de jolies fermes à taille humaine jalonnant les champs de maïs.
Les Américains sont vraiment chaleureux et serviables. Comme ils sont sensibles aux "road trip", les contacts sont faciles. Nous sommes fréquemment abordés lors de nos arrêts. 

Nous passons dans l'Illinois pour arriver à Chicago. La transition est nette. Circulation délirante, pire qu'à New-York. Les routes et autoroutes se croisent dans tous les sens. Imaginez des bouchons sur 14 voies (2x7) !
Entre les pick-up, les trucks et autres 4x4, notre grosse Harley semble bien petite, et nous aussi. Une certaine sensation de fragilité nous habite !
Demain, découverte de la ville et changement de moto. 

7e jour, Chicago

Passée notre première impression un peu négative de Chicago (liée à une transition brutale avec le Michigan), aujourd’hui nous investissons les lieux réputés que nous avions prévu de voir.
Mais pour commencer, nous procédons à l'échange de moto. Tout se passe bien, nous vous en parlerons demain.
Ensuite, il faut à nouveau affronter cette circulation délirante de la si large Highway 90.

Première visite, la Willis Tower. Quelques chiffres pour la décrire : 103 étages, 412 m de haut, 3 heures d'attente. En haut, tout est aménagé pour embrasser un paysage vertigineux fait de gratte-ciels, du lac Michigan et d'artères qui sillonnent ce damier impressionnant.
Ensuite, un petit tour pour admirer les effets d'optique du Cloud Gate et nous flânons sur les berges de la Chicago River tandis que le soleil couchant se réfléchit sur la surface brillante des buildings.
Finalement, Chicago est une ville merveilleuse qui n'a rien à envier à New-York.
Demain, la Route 66 nous attend !

8e jour, the Mother Road ! 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 3Nous partons rejoindre les portes de l’Ouest américain, sous un soleil généreux. Depuis que nous avons changé de moto, la conduite est un régal, malgré le poids total de l'équipage (environ 600 kg). La valise est bien fixée et nous n’avons plus d’acouphènes ! Eagle Rider se rattrape, la moto est neuve, c'est tout confort. Plus de vibrations, des selles moelleuses, musique avant et arrière et un freinage précis.
Nous arrivons dans la petite agglomération de Pontiac. En traversant le village, quelques voitures attirent notre regard. C’est en réalité un très important rassemblement de véhicules de tous âges et de tous styles, rutilants et équipés de moteurs puissants. L’ambiance est festive, pas de doute, nous sommes bien à Pontiac, un samedi d’été.
À Joliet, détour par le musée de la Route 66 et l’ancienne prison qui servit de décor au film Les Blues Brothers mais aussi pour la série Prison Break.
Soleil couchant sur le ruban vétuste de la Route 66, fireflys voletant sur les bas-côtés. Route rectiligne et déserte parallèle à la Highway bondée de camions.
Nous passons la nuit dans un motel de Springfield

9e jour 

Départ sous une chaleur étouffante. Objectif Saint Louis dans le Missouri. Trouver la Route 66, ou parfois ce qu'il en reste, tient du jeu de piste. Et comme l'Illinois est globalement un immense champ de maïs, nous avons vu du vert durant des heures ! 

Les vestiges de cette voie de migration sont peu mis en valeur et surtout ne sont que rarement entretenus. Certaines portions datent de 1926 et n'ont pas été retouchées. Ainsi nous avons roulé sur les fameux pavés de brique qui composent par endroit le revêtement d'origine. D'autres parties sont constituées d'un assemblage de plaques de béton entre lesquelles la végétation reprend ses droits. 

Les villages traversés par la Route 66 rappellent par moments les villes fantômes de l'Ouest.
Impression un peu émouvante d'un passé qui disparaît, faute de moyens.
Avant d'arriver à St Louis, un énorme orage nous rattrape. Ciel noir, éclairs, pluie, grêle. La totale ! Heureusement nous trouvons un abri momentané.

L’accalmie arrive, nous repartons. À quelques dizaines de kilomètres, une tornade s’élève aux dessus des champs, suffisamment loin pour que l’on ne se sente pas en danger.
La Route 66 joue les intermittentes, des tronçons très anciens datant de l’origine entrecoupent le tracé plus récent. 

St Louis

Nous passons le Mississippi. Incroyable ! Pour changer, un orage brutal nous impose de trouver un abri de fortune. Le pont qui enjambe le fleuve fera l’affaire. Nous sommes à deux pas de l’Arche, monument célèbre de la ville.
La nuit s’installe, les trains de marchandises passent, le fleuve s’écoule et nous attendons quelques heures avant de partir vers le motel le plus proche. Ici les hébergements sont hors de prix.

10e jour, Missouri, changement de décor ! 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 4Finis les champs de maïs et de petits pois à perte de vue, finies les plaines sans fin de l'Illinois, place au relief semi-montagneux du Missouri.
Dans ces sols calcaires, les cours d'eau ont creusé des vallées parfois encaissées et toujours verdoyantes.
La Route 66, délaissée pour une circulation plus efficace sur les Highways, conserve des traces fantomatiques pour ne pas dire misérables de sa grande époque.
Motels et restaurants abandonnés jalonnent la Route. Grosse frayeur quand dans une descente, la route s'est subitement transformée en chemin de gros gravier bien profond. Ça a duré 2 km pour se finir par une barrière. Demi-tour obligatoire et rebelote dans l'autre sens. 

Plus nous avançons, plus la chaleur ambiante augmente. De jolies petites rivières se fraient des chemins dans les prairies vallonnées. L’invitation à la baignade est telle que nous ne résistons pas ! Nous profitons, au détour d'un pont, d'un de ces paisibles cours d'eau claire.
Bain rafraîchissant sous la surveillance de trois aigles planant au-dessus de nous.
Tellement rafraîchissant que nous nous sommes trompés de route en repartant !
Traversée imprévue du Mark Twain Park (immense forêt) brièvement interrompue par une biche tranquillement arrêtée sur la chaussée. Ce soir, nous dormons à Springfield Missouri. L'ambiance dans l'équipage est excellente !

11e jour

Nous avons traversé le Missouri, petite incartade dans le Kansas et nous voilà dans l'Oklahoma. Cette fois la forêt et les vallons font place aux grandes étendues de prairie.
Ce sont de véritables ranchs, le Texas est proche.
Des troupeaux de bovins au pelage foncé paissent dans des parcs immenses bordés de longues barrières blanches.
Sous la chaleur de plomb de midi, les vaches se cachent à l'ombre des nombreux bosquets. Avec envie, nous les observons se baigner dans les grandes mares qui émaillent les prés.
Heureusement les cours d'eau ne sont pas rares et leur ombrage nous rafraîchit, un tout petit peu…
Et puis, nous déroulons cette Route 66 à laquelle les riverains sont très attachés. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour en transmettre l'histoire. Mais c’est un combat dérisoire et assez émouvant contre l'oubli, car il est mené sans aide et sans beaucoup de moyens.

Commerce, ambiance authentique 

L’ancienne station-service est un lieu incontournable. Il ne s’y vend plus que des glaces et des cafés mais dans cette minuscule boutique, l’ambiance Route 66 est totale et authentique. Il manque juste Bonnie and Clyde, qui écumaient le secteur à l’époque. 

Les degrés d'aujourd'hui nous ont bien fatigués sur cette étape de 450 km (pas loin de 40°C à l'ombre).
Depuis le début de notre périple, nous sommes sous le charme de ces Américains si prévenants, si attentifs et si chaleureux. Chaque jour qui passe nous confirme que nos clichés sur l'Amérique et les Américains sont à remettre en question !
Arrivés à Tulsa très tard ce soir… et bien fatigués. 

12e jour, Tulsa 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 5Ce mercredi, la matinée a été un peu difficile.
Départ de Tulsa sous une chaleur étouffante, malgré un réveil très matinal.
Nous imaginions une ville de taille moyenne, eh bien c'est raté. Agglomération énorme, sans charme et la Route 66 est difficile à trouver. Nous n’y trouvons même pas le fameux Golden Driller et ses 23 m de haut. Pas grave, il y a tellement à voir. 

À l'approche d'Oklahoma City, nous prenons la Highway pour contourner la ville.
Ensuite nous découvrons des paysages très industriels, la pétrochimie compose un décor assez sinistre, entre dépôts de pipelines, terminaux gaziers et pétroliers. Il faut bien faire avancer tous leurs véhicules....
La fin de parcours dans l'Oklahoma nous fait regretter les jours précédents.
À la mi-journée, nous avons avalé beaucoup de kilomètres, il fait plus de 40 à l'ombre, l'air est brûlant. C'est difficilement supportable et notre motivation en prend un coup. 

Et puis, ô surprise, nous passons la frontière du Texas et là, c'est l'émerveillement.
Des plaines, des ranchs, de l'Ouest plein les yeux !
Et pour finir en beauté cette longue journée, nous trouvons, par hasard à Amarillo, le plus texan des restaurants. Nous dormons dans le motel le plus proche.
Encore une journée extraordinaire. 

13e jour 

Direction Santa Rosa au Nouveau Mexique. Nous quittons le Texas par une route bordée de ranchs et de parcs à bovins impressionnants.
Encore une fois la chaleur nous assaille. Nous passons le cap de la mi-parcours, lieu symbolique.
La contrée est semi-désertique et totalement déserte. Cette région aride au possible, couverte d'arbustes et d'herbe rase n'est pas faite pour l'homme. Quelques maisons abandonnées, des villages assez misérables et de rares vaches composent le paysage. Avec un relief assez marqué, l'ensemble est lunaire, ou martien…
Sur la Route 66, les stations-service sont rares et proposent un carburant peu raffiné.
Nous ne prenons pas de risques et prenons la Highway. Un vent violent nous accompagne. Heureusement que la moto est lourde car ce satané vent change parfois brutalement de direction. Conduite difficile.
Finalement, entre l'option Highway et le décalage d'une heure au Nouveau Mexique, nous passons rapidement à Santa Rosa et rejoignons Santa Fe pour 2 nuits

14e jour, Santa Fe

Perchée à 2200 m d'altitude, cette ville ancienne nous rappelle l'Espagne et le Mexique.
La ville, très pittoresque, est par voie de conséquence, très touristique. Les boutiques d'artisanat indien affichent des devantures aux couleurs vives qui contrastent avec les murs en adobe des bâtiments traditionnels. C'est très beau, très animé mais trop commercial.
Cette ville dont la population est à 50 % hispanique, a la chance de posséder la plus vieille maison des États-Unis.

Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avions pas pris le temps de vous parler de la nourriture de cet immense pays dont les États sont très différents les uns des autres. Eh bien, nous pouvons affirmer qu'ils ont un point commun : la nourriture. Les restaurants sont très rares et très chers, par contre le fast-food est omniprésent ! Les composants dominants sont le sucre et la matière grasse. Si les supermarchés offrent du choix, les services de restauration se limitent souvent à cette nourriture de base, du petit-déjeuner au dîner.
L'impact sur le physique est flagrant… 

15e jour, Taos Pueblo 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 6Petit détour de 200 km dans notre itinéraire pour aller visiter ce village logé sur un plateau désertique en altitude. Le site est classé patrimoine mondial par l'Unesco.
Nous empruntons une route de montagne idéale pour la moto. Enfin des virages !
Nous longeons le Rio Grande qui a creusé, sur le plateau, un profond canyon. C'est vertigineux !
Le village de Taos, tout en adobe, est peuplé d'Indiens qui vivent sans électricité et sans eau courante. C'est évidemment touristique. 

Nous repartons pour Albuquerque via Santa Fe pour rejoindre Aztec

La chaleur est encore une fois étouffante alors que nous empruntons quelques miles de Route 66. Les derniers, car les jours à venir vont se passer dans les parcs nationaux.
En quittant Albuquerque, nous rejoignons les hauteurs Nord-Est du Nouveau Mexique. D'immenses plateaux arides, ravinés par les pluies, érodés par les vents et entrecoupés de sortes d'oueds.
La région est hostile à toute forme de vie et pourtant, des vaches parcourent ces étendues.
Ayant rejoint ces plaines d'altitude, à plus de 2000 m, nous rencontrons une météo très instable. Vent violent, pluie et orage, de plus, la température a chuté brutalement.
Nous arrivons frigorifiés à Aztec.

Aztec 

Sous ce nom enjôleur se trouve en réalité une ville ouvrière qui vit de l'industrie pétrolière. Raffineries, puits de pétrole et forages gaziers (gaz de schiste probablement), forment le décor.
Heureusement, notre réservation Airbnb du soir est d'un grand confort, luxueux mais sans âme. Repos bien mérité ! 

16e jour 

Nous laissons derrière nous le Nouveau Mexique et entrons dans le Colorado. Direction Durango, nous avons réservé un aller-retour Silverton en train. La particularité de ce voyage en train est qu'il se fait sur la voie de chemin de fer qui transportait le minerai d'argent en 1880. Locomotive d'époque sur le tracé de l'époque. La ligne longe le San Juan, affluent qui coule en contrebas profondément encaissé. Très beau et très impressionnant.
Au bout des 4 heures de voyage dans un paysage montagnard agrémenté de passages de biches, d'écureuils et de lemmings, nous arrivons à Silverton.

Silverton

Cette ancienne ville minière vivait de l'extraction de l'argent. Le train en transportera l'équivalent de 300 millions de dollars durant son exploitation.
L’endroit, bien que très touristique, a gardé un aspect brut et sauvage. C'est vraiment la ville du far-west, avec route en terre battue et façades en bois peint.
À plus de 3000 m d'altitude, le village est dominé par des pentes parsemées de névés et de quelques remonte-pentes (évidemment à l’arrêt). Dépaysement total, encore une fois.
Au retour, nous rejoignons Cortez rapidement. Il est tard, un violent orage nous accompagne. Nous arrivons à la nuit, dans un motel miteux, après une journée hors du temps.

17e jour, le Parc National de Mesa Verde 

Tout proche de Cortez, ce petit massif montagneux, qui rompt le relief de plaine environnant, est une perle géologique.
La route monte en lacets jusqu'aux portes du site, deux biches nous attendent au bord du chemin ! Ensuite, un itinéraire serpente entre vallées et cols dans un paysage varié de garrigue et de forêt calcinée.
Et puis nous arrivons sur les sites historiques si renommés.
Au premier abord, nous sommes un peu déçus par une réalité trop proche des photos vues lors de la préparation de notre voyage. Et puis, le charme agit !
De vallons en canyons, nous découvrons des sites incroyables, des constructions Navajos dépassant l'imagination. Nous sommes exactement dans les BD de Giraud. Les lecteurs des "Aventures du Lieutenant Blueberry" comprendront.

Nous quittons l'État du Colorado pour passer dans celui de l'Utha. La région est très agricole, culture de haricots secs et élevage. Entre les champs bien arrosés, les sols sont arides.
Arrivés tôt au motel de Blanding, nous prenons le temps de faire un petit tour dans un coin de désert. Dans un lieu paisible, nous tombons sur des ruines indiennes qui s'intègrent parfaitement à ce panorama rocheux.
Et comme chaque soir depuis 4 jours, l'orage s'installe.
Demain, un autre univers nous attend…

La suite de ce reportage à retrouver :

Deuxième partie à découvrir,
Troisième partie à découvrir,
Sacoche réservoir complète.

 

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Road-trip Harley sur la Route 66. Les USA d'Est en Ouest (sacoche réservoir)

Par Marie et Ludovic Lefèbvre de St-Pierre-Quiberon (56, Morbihan)

Marie et Ludovic donnent toutes les infos pratiques pour organiser un voyage moto aux USA (JDM n° 111).

photo gauche

La moto : rouler sur Harley aux USA !

La motorisation de la HD est un régal sur les longues lignes droites des USA. Le couple moteur est un vrai bonheur. De plus, nous n’avons eu aucune panne, ni subit de crevaison.
Le confort de l’Electra Glide est indéniable, surtout pour la passagère ou le passager mais de mon point de vue, ce n’est pas la moto la plus adaptée à ce genre de voyage.
La chaleur ambiante du pays à laquelle s’ajoute la circulation difficile à l’approche des villes transforme assez vite la Harley en barbecue. Cuisson des jambes garantie.
D’autre part, la mauvaise qualité de la Route 66 et des routes secondaires en général, les nécessités de manœuvrer sur des surfaces non stabilisées m’ont souvent fait rêver d’avoir un gros trail.
Nous avons d’ailleurs vu beaucoup de 1200 GS, que nous avons enviées.

Location de la moto pour notre voyage aux États-Unis

Nous sommes passés par une société française, All Ways On Wheels, pour avoir de la sérénité.
Comme vous l’avez compris (lire les épisodes précédents), l’expérience a été peu concluante, mais il semble que la responsabilité soit à imputer à Eagle Rider New-York. C’est le seul point noir de notre voyage.
Mi octobre, la société All Ways On Wheels a obtenu un dédommagement de la part de Eagle Rider, dédommagement qu’ils prévoient de nous reverser. Il faut être patient.

L'équipement pour notre road-trip aux USA

Nous avons pris un GPS Tom-Tom Rider qui s’est avéré indispensable, même s’il n’est pas possible d’y programmer la Route 66.
Nos casques (nous avons pris nos casques personnels, que l’on peut mettre en cabine sans problème) étaient équipés d’un Intercom Cardo, qui est tombé en panne (usure des câbles) au bout de 3 semaines. Merci à Moto Shopping pour son SAV à notre retour.
Nous avons installé une valise cabine sur le top-case. La valise était aménagée avec un panneau solaire avec batterie. Cela nous a permis de recharger facilement nos appareils. Jusqu’à la panne du panneau après 20 jours. Merci à Solariflex pour son SAV à notre retour.
Nous avons également emporté quatre gourdes isothermes sur lesquelles nous avons adapté des embouts type "camel-bag" pour nous désaltérer facilement en roulant.
Ensuite, deux bombes anti-crevaisons, des lampes frontales, des couvertures de survie, bouteilles d’eau pulvérisée et des serviettes humides à mettre autour du cou.
Tenues vestimentaires : pantalons et blousons de moto en textile aéré, bottes, gants d’été, casques intégraux, lunettes de soleil.

Le carburant

Plutôt bon marché. Il faut impérativement prendre un taux d’octane de 90 minimum. Certaines stations proposent uniquement du 87, voire moins parfois.
Comme les distances sont grandes et les surprises fréquentes, nous avons systématiquement fait le plein chaque matin et à chaque fois que nous arrivions à mi-réservoir. Cette discipline nous a évité quelques galères.
Attention, dans certaines stations, un capuchon anti-vapeurs d’essence rend le remplissage du réservoir un peu scabreux.

La circulation aux États-Unis

Il faut s’habituer aux feux tricolores qui se trouvent toujours de l’autre côté des croisements.
Il est souvent possible de tourner à droite quand le feu est rouge s’il n’y a personne qui arrive de la gauche. Lorsque c’est interdit, c’est indiqué.
Il n’existe pas de priorité à droite, mais beaucoup de courtoisie au volant, les coups de klaxon sont très rares.
En ville et sur les routes secondaires, il y a souvent des croisements avec un panneau "stop" pour tout le monde. La règle est simple : on laisse passer le premier arrivé. Il y a parfois des panneaux "stop" aux passages piétons.
Les Américains respectent scrupuleusement les panneaux "stop", moins les limitations de vitesse (particulièrement sur les Interstates).
Il est autorisé de dépasser par la gauche comme par la droite. La règle est de rester dans sa file, surtout quand la circulation et dense.
Sur les Interstates, il y a des bandes d’arrêt d’urgence à droite et à gauche.
Aux environs des grandes villes, nous avons toujours opté pour la voie de gauche, même si nous n’étions pas les plus rapides. Ça nous a évité bien des désagréments.
Nous n’avons pas vu de radars fixes mais souvent des voitures de police stationnées sur des voies aménagées.
Le stationnement ne tient pas compte des deux-roues, ou très rarement. Si vous stationnez devant un trottoir dont la bordure est rouge, verbalisation assurée.
Il est interdit de dépasser les bus scolaires à l’arrêt, en service.
Il est interdit de remonter les files de voitures.
Les motards Américains font rarement signe. Tout dépend des lieux.
Rares sont les autoroutes (Interstates) payantes. C’est la plupart du temps à l’approche des villes. Le paiement se fait presque toujours en espèces. Et le tarif est au nombre d’essieux, soit deux pour les motos !

La chaussée

Les routes ne prennent pas du tout en compte les deux-roues.
De nombreuses routes sont rainurées et les rails de tramways sont profonds… Il y a parfois des trous importants dans la chaussée et ce, quelque soit le type de voie.
Beaucoup de pneus éclatés jonchent les bandes d’arrêt d’urgence.
Comme le pays est assez sauvage, beaucoup d’animaux de toutes tailles se promènent. Pour ces raisons, rouler de nuit reste un peu risqué.
Il y a très peu de rambardes de sécurité et quand il y en a, elles ne sont pas adaptées aux motards.
Les accotements sont très souvent instables (gravier, sable, terre).
Les panneaux "bump" indiquent des déformations parfois importantes de la chaussée. Accrochez-vous.
Quand vous vous trouvez devant un panneau jaune marqué "gravel", le gravier est garanti !

L'argent

L’Amérique n’est pas à la pointe concernant les cartes de crédit. Beaucoup de commerces utilisent la bande magnétique plutôt que la puce de nos cartes. De ce fait, nos cartes ne passent pas partout…
Dans les stations-service, très souvent il faut aller à la caisse car le paiement automatique à la pompe ne lit pas nos cartes. Et de nuit, les caisses sont fermées, donc impossible de faire le plein.

Les parcs

Ils sont très bien organisés et surtout spectaculaires.
Nous les avons trouvés plutôt bon marché, propres et bien aménagés (aires de pique-nique, sanitaires, panneaux explicatifs). Même quand il y a du monde, tout se passe bien.

La nourriture 

Dans ce domaine, l’Amérique est à la hauteur de sa réputation, malheureusement. Entre burgers et tacos, entre MacDo et Subway, bien souvent ce sera votre choix maximum.
La nourriture de base est très grasse et très sucrée, plutôt hamburgers, hot-dogs et plats mexicains.
Les station-service servent de magasins d’appoints, voire de commerces de proximité.
Dans les grandes surfaces (il y en a de plus en plus), nous avons trouvé de tout, même parfois du "vrai pain".
Evidemment il n’y a pas de boulangeries. La seule que nous ayons trouvée était à San-Francisco.
Les restaurants sont souvent très chers.
Les Américains dînant assez tôt, la plupart des restaurants (et fast-food) ne servent plus à partir de 21 h, même dans les grandes villes.
Le café est souvent léger. Dans certains restaurants et bars, il est servi à volonté.
Ils ont rarement de l’eau gazeuse mais de nombreuses sortes de bières. Les boissons alcoolisées sont principalement vendues dans les magasins portant l’enseigne "liquors".
En Arizona, il faut même présenter une pièce d’identité pour tout achat d’alcool.

L'hébergement : hôtels et motels aux États-Unis

Il y a des hôtels et des motels partout.
Les prix sont bien sûr très variables.
À partir de 22 h, si vous n’avez pas réservé, ça devient difficile de trouver quelque chose.
Le confort est correct : climatisation, frigo, parfois un four micro-ondes.
Dans les hôtels, la plupart du temps, le parking est gardé.
Le système Airbnb fonctionne très bien. Il est vraiment intégré à leur culture.
Dans les grandes villes les Airbnb que nous avons pris étaient de prestation bien inférieure à ce que nous avons trouvé ailleurs.

Le coût de notre voyage aux États-Unis

Je passe sur les billets d’avion dont les prix sont très fluctuants.
Parcs : il faut compter entre 30 et 40 dollars par visite.
Carburant : l’essence indice 90 coûte entre 1,90 et 2,40 dollars.
Nous avons dépensé 2200 dollars de carburant.
Ayant rencontré de très rares péages, le coût en est négligeable.
Nourriture : le total de nos dépenses s’est élevé à 1600 dollars, sachant que nous avons souvent grignoté le midi et que nous avons craqué pour quelques petits restos.
Hébergement : 1800 dollars entre les motels et les Airbnb.
Evidemment, les prix de tous les types d’hébergement flambent dans les grandes agglomérations.
Location de la moto : 4620 €.
S'ajoutent 550 dollars payés à l’arrivée car nous avons fait une bosse dans un silencieux d’échappement lorsque la moto est tombée à Victorville. 

Reportage entier de Marie et Ludovic à lire ou à (re)lire

Première partie de leur road trip,
Deuxième partie de leur road trip,
Troisième partie de leur road trip.

 

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Road-trip Harley sur la Route 66. Les USA d'Est en Ouest (deuxième partie)

Par Marie et Ludovic Lefèbvre de St-Pierre-Quiberon (56, Morbihan)

Voici la deuxième partie de cette superbe aventure (JDM n°110). Grands espaces, couleurs extraordinaires… Vertige et émerveillement sont au programme !

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Si vous l'avez ratée, découvrez la première partie.

18e jour

Ce matin, le temps est un peu couvert quand nous partons pour Monument Valley via Natural Bridges National Park. La journée va être tranquille puisque nous avons à peine 200 km à faire avant d'arriver à notre motel.

Natural Bridge

C’est un canyon dans lequel l'érosion a créé, entre autres, de nombreuses arches. C'est gigantesque et les mouvements des roches érodées sont splendides. Le canyon est très profond, des lézards et des aigles s’en donnent à coeur joie.
Nous empruntons la route conseillée par le GPS, également indiquée dans les guides comme une route pittoresque.
Après une cinquantaine de kilomètres, des panneaux routiers qu'il y a du gravier sur la chaussée. À quelques distances de là, la route tourne et descend plus que brutalement ! Nous sommes engagés, c'est parti…
Sauf que cette route est en fait un chemin composé de terre et de graviers dont la pente est extrêmement forte. Les virages sont serrés mais le plus inquiétant n'est pas là. Sur le côté de la voie, il y a un à-pic vertigineux de plusieurs centaines de mètres et aucune rambarde de sécurité ni le moindre arbre pour espérer arrêter une sortie de route. Ceux qui ont vu le film "Le salaire de la peur" pourront se faire une idée. Tout dérapage finit directement au fond du ravin. De plus, l'orage menace fortement. Très grosse inquiétude de notre équipage ! Après un kilomètre, il faut nous rendre à l'évidence, un demi-tour s'impose.

Nous réussissons à sortir de cette route maudite pour nous faire rattraper quelques kilomètres plus loin par un orage monstrueux.
La pluie et la foudre nous encerclent et nous obligent à arrêter en catastrophe la moto sur le bord de la route et à nous blottir d'abord dans l'infractuosité d'une roche. Nous tentons de repartir mais les conditions empirent. Cette fois, la seule solution est de foncer s'allonger dans un fossé…
Une bonne demi-heure plus tard nous réussissons à repartir, transis, trempés et boueux.
Fière allure, les motards bretons…
Évidemment, avec l'important détour que nous avons dû faire, nous sommes presque à sec de carburant.
Tout finit par rentrer dans l'ordre et nous prenons rapidement la direction de Monument Valley.
Il faut arriver bien avant le coucher du soleil pour profiter du spectacle.
Route sinueuse à travers cet immense plateau creusé de multiples canyons dont le relief et les teintes sont à chaque fois différents.

Monument Valley, grandiose !

Road trip Harley sur la Route 66 2 0Nous n'avons pas vu de spectacle naturel plus beau dans notre vie.
La réalité est plus impressionnante, plus séduisante que toutes les images que nous avons pu voir de ce site. Cela dépasse l'imagination.

Nous arrivons au bon moment. Le sunset agit de toutes ses lumières.
Depuis le début de notre voyage, nous usons et abusons de superlatifs mais là, nous manquons de vocabulaire pour décrire cette merveille de la nature.
Nous restons évidemment très tard pour prolonger au maximum cet instant magique.
Nous arrivons, comme souvent, dans la nuit, dans un motel de Mexican Hat. Hébergement hors de prix, service minimum, accueil peu agréable, repas (enfin bouffe) infâme. Il semblerait que l'intérêt touristique influe sur le comportement des prestataires dans cette merveilleuse réserve Navajo.

19e jour 

L'engouement nous motive à partir à l'aube afin d'assister au lever de soleil sur cette merveille géologique. Étonnamment, nous sommes quasiment seuls au spectacle.
Nos commentaires sont inutiles, tout est dans les photos. 

Ensuite, nous partons pour le lac Powell.
Un barrage a permis de remplir le canyon Powell, le transformant en un immense plan d'eau artificiel.
Qui dit plan d'eau dit navigation, nous n'avons pas résisté à réserver des paddles ! Un peu compliqué à récupérer mais au final, nous partons pour une balade extraordinaire de 4 heures dans Antelope Canyon

Petits bémols dans cet endroit paradisiaque : une énorme centrale au charbon jouxte le site et le domine de ses trois énormes cheminées.
L'accès au bord du lac est payante. Sur la berge, une énorme marina accueille les bateaux de personnes très fortunées. Ce qui va bien avec l'aérodrome tout proche où les jets privés atterrissent en nombre. Image qui tranche avec les bidonvilles navajos installés à quelques miles et avec le cadre naturel exceptionnel.
C'est l'Amérique telle que nous la découvrons. Une grande liberté dans beaucoup de domaines, des disparités incroyables suivant les régions, des inégalités considérables entre les personnes.
Le soir nous dormons dans un bel Airbnb à Page, station balnéaire au bord du lac. Le St-Tropez de l'Arizona… 

20e jour 

Programme paisible. Nous avons réservé une visite d’Antelope Canyon puis nous devons nous rendre à Bryce Canyon (180 km).

Antelope Canyon 

Road trip Harley sur la Route 66 2 1Il s'agit en fait d'un ensemble de deux canyons séparés par la Highway 98 : l'Upper et le Lower, les deux appartenant aux Indiens Navajos.
Tout en étant extrêmement touristique (réservation plusieurs mois à l'avance), c’est quelque chose d'UNIQUE. Pas de comparaisons possibles, un lieu inimaginable. Nous vous laissons le plaisir des photos réalisées sans trucages !
Nous sommes ressortis subjugués par toute cette beauté naturelle.

Horseshoe Bend

Nous partons voir ce site vertigineux formé par un méandre du Colorado. L'à-pic est incroyable (340 m) et, chose surprenante, dans ce lieu extrêmement touristique, il n'y a aucune rambarde, aucune protection, rien !
Il passe des milliers de personnes par jour au bord du précipice, à chacun de se gérer, d'avoir du bon sens. Nous pensons qu'il doit y avoir de temps en temps un loupé…
Quand la visite est terminée, il fait 40 degrés à l'ombre et la météo annonce quelques orages.
La route est belle, nous arrivons tôt.

Kanab

Ce village, posé sur un plateau à plus de 2000 m d'altitude, appuyé sur les bords d'un canyon, fait penser à un village de montagne. Ambiance apaisante. Le soir, nous découvrons un bar sympa dans une ambiance de western. 

21e jour 

Direction Bryce Canyon. La route est belle, pleine de courbes conçues pour notre moto. Nous sommes dans un secteur giboyeux, prudence… Les bords de route, malheureusement, le confirment.
Nous découvrons une nouvelle facette de l'Utha. Paysages de moyenne montagne.
Tout est très vert, de jolis ranchs à taille humaine. Cette région correspond étonnamment à l'image que nous avions du Texas.
C'est paisible, un cours d'eau sillonne à travers les prairies, des chevaux cherchent la fraîcheur à l'ombre des arbres, des vaches prennent un bain. Tout cela est enchanteur.
La route continue de monter, nous sommes à 3000 m d'altitude, la forêt de conifères a remplacé les "alpages".
Ambiance forestière avec de douces odeurs de conifères. Nous apprécions particulièrement ces sensations après les longues étapes arides que nous avons eues.
Et puis la route bifurque, nous arrivons à Red Canyon, changement brutal de décor. La surprise est grande car la géologie si particulière de ce pays nous est totalement inconnue.

Red Canyon 

Ce site se présente sous la forme d'aiguilles rocheuses immenses, allant du rouge à l'ocre, parsemées de cèdres.
La route monte encore, nous arrivons sur un plateau boisé, très venté. Comme dans tous les parcs nationaux américains, l'entrée est payante. Ce qui est tout à fait compréhensible au vu des aménagements et des services.
Des cervidés nous attendent à l'entrée, ça devient une habitude !
Beaucoup de monde, de multiples nationalités sont présentes sur ce site immense. 

Et comme chaque fin de journée, la pluie et les orages se mettent en place. Il faut vite partir.
Descente vers les berges du Colorado dans une ambiance un peu apocalyptique. Nous sommes obligés de nous arrêter à la limite du territoire Navajo, bordé par le Colorado.
Arrivé à Marble Canyon, nous optons pour un motel intelligemment mis sur notre chemin. Ouf ! Le soir, nous allons apprécier la vie de ce fleuve incroyable depuis le pont.
Le soleil se couche derrière le canyon et sur le pont, un indien Navajo borgne cherche à vendre quelques bijoux de sa fabrication.
Le pont est presque désert. La scène est d'une tristesse infinie.
Il a une quarantaine d'années, sept enfants (avec qui il produit ses bijoux), pas de travail. Il habite dans un pauvre village de baraquements à une dizaine de kilomètres.
À distance égale, de l'autre côté, c'est l'opulence du lac Powell…
Nous discutons avec lui, lui achetons quelques produits. Il fait nuit, nous rentrons au motel, touchés au cœur. Moment chargé d'émotion. 

22e jour 

Malgré des prévisions météo peu encourageantes, nous partons tôt en direction du Grand Canyon.
Nous passons en territoire Navajo et traversons le Painted Desert. C'est un décor extraterrestre. Nous sommes sur Mars ! Teintes et formes sont hors du commun.
Ce désert se présente comme une longue plaine coupée en deux par la route et bordée par l'arête d'un canyon. C'est évidemment désertique, excepté les habitations misérables des indiens.

Nous passons par Cameron avant d'entamer la montée vers le haut plateau du Colorado. Encore de la très belle route pour les motards. Nous en voyons beaucoup, ce n'est pas un hasard. Premier arrêt à Little Canyon. Ce "Little" est déjà grandiose, vivement le "Grand" !

Le Grand Canyon

Road trip Harley sur la Route 66 2 2Ça y est, nous y sommes ! Toute la surface du plateau est boisée de cèdres qui diffusent une douce odeur. Des condors planent au-dessus de nous. Le panorama est presque infini.
On savait que c'était gigantesque, eh bien c'est encore plus, dans les trois dimensions. Et au fond de cet immense chaos de roches, coule paisiblement un fleuve, boueux en raison des nombreux orages. Par une organisation ingénieuse, le site n'est pas du tout envahi par les voitures.

L'immensité ne rime pas toujours avec beauté. Il faut venir au lever ou au coucher du soleil pour mettre des couleurs sur tous ces canyons.
Impossible pour nous, les nuages orageux du monsoon (phénomène météorologique propre à la région) nous imposent de redescendre.
Avant de partir, nous avons droit à la présence de deens, cervidés locaux, tout en bord de route. Pas du tout effrayés par la moto.

Puis, c'est la descente vers Flagstaff, où nous devons retrouver la Route 66. Encore une fois, elle est à l'abandon, totalement impraticable, fermée, parfois détruite, voire privatisée.
Nous passons par Bellemont où nous retrouvons le motel mythique de "Easy Rider". À l'abandon…
Par contre, le monument où les Navajos ont déposé les armes après leur défaite face à l'armée américaine, est très bien entretenu.

Nous repartons sur l'Interstate, il n'y a pas d'autre alternative.
Le soir, à Ash Fork, nous nous arrêtons dans une vieille boutique de la Route 66. Moment magique passé avec le propriétaire des lieux, passionné de musique des années 70. Nous en écoutons beaucoup, en sa compagnie, en buvant du café…
Nous passons la nuit dans le motel "pur jus" de ce village qui survit difficilement à l'arrêt de la Road 66.

23e jour 

Objectif de la journée : rallier Las Vegas après avoir suivi la Route 66 jusqu'à Laughlin. Comme souvent, la Route historique n'existe plus, nous prenons un long tronçon d'Interstate avant de retrouver les panneaux tant cherchés.
Nous traversons plusieurs villages témoignant d'une activité passée intense. Il n'en reste que les vestiges fantomatiques.
Et puis nous arrivons à Seligman. Ici, la petite bourgade a mis le paquet ! Les boutiques, un peu décrépies, vendent à qui veut du "Route 66" made in China. Un car de Japonais semble friand de cette marchandise…
Nous repartons vers l'Ouest, un peu dépassés par tout ça. 

Road trip Harley sur la Route 66 2 3Les paysages changent doucement, les canyons s'estompent pour laisser place à un relief de montagnes désertiques coupées de façon rectiligne par le Route 66. Des lignes droites de 23 km sans la moindre courbe sur une route de campagne, c'est habituel ici.
Encore quelques villages indiens, tout aussi misérables qu'en territoire Navajo, mais nous sommes chez les Hualapay. Ils vivent sur la rive Ouest du Grand Canyon.
Le relief s'accentue. Finies les lignes droites, nous roulons maintenant sur une route de montagne, très étroite, en bord de petits ravins sans rail de sécurité ni talus.
Nous apercevons deux carcasses de voitures en contrebas…
Virages en épingles à prendre à 10 km maxi. Décidément les Harley ne sont pas des motos faites pour la montagne, mais ça passe. 

Le secteur est orifère, d'anciennes mines sont visibles. Et la route débouche dans un village minier des années 1800. Les ânes (descendants de ceux utilisés à l’époque pour tirer le minerai) se promènent dans l'unique rue. Ils ont une vie bien plus paisible que celle de leurs ancêtres.
Ce bourg montagnard a conservé son état d'origine mais derrière les façades, se cachent désormais des boutiques à touristes.
45 degrés à l'ombre, l'air est brûlant, nous repartons. La chaleur est telle que nous roulons visières fermées, pour nous protéger du souffle brûlant de l'air.

Laughlin 

Nous avons le bonheur de retrouver le Colorado. La ville a basé son tourisme sur l'espace aquatique. Jet-skis et hors-bords dans tous les sens, odeurs de carburant et bruits de moteurs forment le paysage. Nous y prenons malgré tout un bain rafraîchissant. À l'ombre, il fait plus de 40 degrés avec des pointes à 46. Tout est sec et brûlant.
Nous repartons, cette fois en direction de la très renommée Las Vegas

Tout d'abord, c'est le désert, le vrai. Des cactus, des yuccas, quelques palmiers, des aigles.
Route à 10 voies, rien sur les côtés hormis la plaine désertique.
Et puis, progressivement, les lignes électriques à haute tension, les champs de panneaux solaires, les avions et les hélicoptères remplacent tout ça, nous arrivons à Las Vegas.

Las Vegas 

Ville énorme en plein désert. Tout est artificiel, nous y passons la soirée, en curieux.
Il fait nuit mais la température ne baisse pas (41° à 23h…), excepté dans les halls climatisés des commerces, toutes portes ouvertes ! Des brumisateurs fonctionnent en continu au-dessus de certains cafés "extérieurs".
Débauche de lumières, de casinos, de limousines, de palaces, de tenues de soirées, de mendiants, de drogués. Mais les restaurants ferment à 21 h 30 !
Même l’Airbnb que nous avons réservé sur place est décevant.
Nous y passons la nuit, pressés de retrouver l'autre image de l'Amérique. 

24e jour

Road trip Harley sur la Route 66 2 4Nous quittons le Nevada et Las Vegas sans regret, sous une chaleur déjà étouffante.
Nous revenons à Laughlin, pour reprendre la Route 66. Nous devons traverser le désert Mojave, mais cela semble une formalité puisqu'aucun guide touristique en notre possession ne donne de détails.
Un dernier petit bain dans le Colorado, au milieu des jet-skis. Nous avons l'impression de nager sur un parking, au bord d'un circuit automobile… 

Nous repartons, la route monte et nous éloigne définitivement de la vallée du Colorado.Très longtemps, nous longeons la voie ferrée sur laquelle des trains de marchandises d'une longueur infinie circulent lentement. Certains trains nous font signe, d'un son de corne puissant. Ambiance de film !Et puis le désert s'installe, entre sommets pelés, maisons et véhicules à l'abandon.Nous avons de l'eau, du carburant, la moto tourne bien, nous sommes sereins.Arrive un croisement de routes. Un panneau et des plots indiquent que la Route 66 est barrée et qu'il faut prendre la voie de contournement à droite. Pas de problème, nous suivons les indications.Après quelques kilomètres, nous constatons que l'état de la route se dégrade et que ça devient dangereux d'y faire passer la moto. Demi-tour, on ne prend pas de risques.Deux solutions : revenir sur des dizaines de kilomètres pour prendre l'autoroute ou tenter la Route 66 fermée.

Nous optons pour la seconde option, nous passons entre les plots et hop, en avant sur la "Mother Road".
Super, c'est très roulant et il n'y a personne, le désert est à nous !
Après quelques dizaines de kilomètres, nous passons sur de petits ponts qui sont balisés par des plots, la moto passe facilement. 

Plus loin, beaucoup plus loin, nous arrivons devant un pont mais là ça devient compliqué, il est écroulé. Pour passer, il faut emprunter un chemin de terre sablonneuse dans le lit du cours d'eau.
Pas facile, mais ça passe.
La situation se répète sept fois, notre crainte étant de faire chuter la moto sans pouvoir la relever.
Puis nous rencontrons des ponts semi-écroulés.
Impossible de faire demi-tour, nous sommes en plein désert, sur une route fermée, le soleil va bientôt se coucher. Mais côté thermomètre, c'est toujours suffocant : 42°… et nous avons, bien entendu, notre tenue de moto.
Nous prenons le risque de passer dessus. 

Après des heures quelques peu inquiétantes, nous retrouvons enfin la civilisation dans une vieille station-service avec motel à l'abandon.
Ambiance particulière, pompiste silencieux et austère… nous restons juste le temps de faire le plein.
De nuit, nous sortons du désert dans un village de quelques maisons. Pas de chance, le motel affiche complet.
Il faudra réviser nos lectures de guides, le désert Mojave est un vrai désert, à traverser avec prudence, en évitant d'emprunter les routes barrées !

Finalement, après avoir repris l'autoroute, nous arrivons tard à Barstow.
Nous avons raté de peu « Bagdad Café » mais nous sommes réellement soulagés.
Nous dormons à Barstow, en Californie pour la première fois. 

Retrouvez Marie et Ludovic dans la fin de leur fabuleux voyage aux USA :

Troisième partie à découvrir,
Sacoche réservoir complète,
Première partie de leur road trip.

  

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3 concentres hivernales - 2 Barjos - 1 week-end

Par Laurent Ferla de Beaurainville (62, Pas-de-Calais)

Après avoir lu le reportage du JDM n°102 sur l’Agnellotreffen, à Pontechianale en Italie, on décide avec mon bof, mais avant tout mon ami, d’aller y faire un tour. Mais il y a deux concentres à la même date : la 1re des Montasmur en Saône-et-Loire (71) et les Culs Sans Joie dans l’Aube(10), donc pourquoi pas faire les trois en un week-end, du 19 au 23 janvier ? C’est parti, soyons fous !

Concentre Moto hivernales

Côté équipages

Laurent (dit Nénette) : 1100 ZZR de 2000
Patrick dit Papiou : BMW R1200 RS
Nous sommes tous deux des anciens présidents du MC Les Barjos et aujourd’hui membres.

Jeudi, Beaurainville / Chambéry, 850 km

Départ du Pas-de-Calais 9 h par -5°C, direction Paris puis Lyon et enfin Chambéry où les bas-côtés commencent a être bien enneigés. Arrêt chez le frangin du bof avec une entrée bien verglacée, on s’y met à deux pour rentrer les motos. Puis une bonne soirée et une bonne nuit nous attendent avant la toile de tente.

Vendredi, Chambéry / Pontechianale, 330 km

Réveil, direction l’Italie par la vallée de la Maurienne sous -12°C puis le tunnel du Fréjus qui nous fait du bien avec 28° à l’intérieur mais 36,20 € quand même. Sortie à Avigliana jusqu’à Pinerolo pour savourer la traditionnelle pizza italienne. Après cette collation avec un vin italien, direction Pontechianale

Hivernale Agnellotreffen en Italie

 Nous arrivons vers 16 h. Inscription 18 € comportant autocollant et patch. Installation du campement à côté du lac gelé, récupération du bois pour la préparation de la popotte car le gaz est gelé et petit tour du propriétaire au Café du Village. Nous passerons la soirée avec deux Italiens, Mathéo et Phillipo, en dégustant nos produits locaux : soupe de poissons du Touquet, cassoulet en boîte arrosé d’un Côte du Rhône bien frais et quelques morceaux de fromages italiens grillés, puis Génépy chaud et enfin petit tour sous le chapiteau avant la fermeture à 11 h. Nous rencontrons Jules des Charentais, il partira aux Éléphants la semaine d’après.

Samedi, Pontechianale / St-Martin-du-Lac, 520 km 

Réveil : 8 h 30 par -7°C, petit café et on remballe le tout direction St-Martin-du-Lac en Saône-et-Loire pour la 1re des Montasmur avec un petit arrêt en Savoie pour refaire le plein de blanc régional. Traversée du Beaujolais avec des routes glissantes dans les virages ombragés. 

Hivernale Les Montasmur à St-Martin-du-Lac (77)

Arrivés vers 18 h 30, on plante la tente dans le noir et la soirée s’annonce sympathique avec une concentre à l’ancienne faite de nouvelles rencontres et retrouvailles, accueil super sympa avec dégustation de boeuf bourguignon maison et le reste qui va bien. 

Dimanche, St-Martin-du-Lac / Cussangy, 330 km 

On recharge les motos vers 9 h 30 par -10°C, direction l’Aube à Cussangy pour saluer Kiki des Culs Sans Joie et tout son moto-club.

Les Culs Sans Joie à Cussangy (10)

Arrivés vers 13 h, nous sommes reçus comme des rois : apéro, potée aux choux, invitation pour rester dormir chez lui ou plutôt dans son musée où trônent tous ses souvenirs d’innombrables concentres et périples. Une très bonne soirée avec le Boul, les Wibus et le MC les Culs Sans Joie ! La fatigue commence à faire son effet et vers minuit dodo près de la cheminée. 

Lundi, Cussangy / Beaurainville, 420 km 

On regarde dehors, tout est givré, les motos sont blanches mais il faut y aller : encore 400 bornes ! Dernier café, un grand merci à Kiki et sa femme pour la préparation des toasts aux champignons et Chaource, délicieux ! Direction Troyes, Reims puis sortie à Arras pour manger un bout avant de se séparer à Hesdin où chacun prend sa direction ; et nous voilà rentrés. 

Après un super week-end convivial fait de magnifiques rencontres et des souvenirs plein la tête, même s’il a fait très froid, les conditions de route étaient correctes et les motos ne nous ont donné aucun souci, avec un total de 2450 km.

J’allais oublier de remercier la FFMC de la Drôme qui a récupéré notre drapeau du MC Les Barjos oublié à l’Agnellotreffen. Avis aux amateurs : si vous passez par là, vous pouvez nous le rapporter dans le Pas-de-Calais, un grand merci d’avance (souvenir, souvenir…) !

Une hivernale parue dans le JDM 108 que vous pouvez retrouver dans la boutique en ligne ici.  

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Road-trip Harley sur la Route 66. Les USA d'Est en Ouest (troisième partie)

Par Marie et Ludovic Lefèbvre de St-Pierre-Quiberon (56, Morbihan)

La belle aventure de nos héros se termine (JDM n° 111). 5 jours de ride en Californie, avec dans la visière des plages, palmiers et surfeurs, et dans la tête les génériques de séries et films cultes. Après tant de péripéties, c'est la dernière séance, amis lecteurs. Clap de fin… Happy end !

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25e jour

Dernière étape de la Route 66. Destination Santa Monica. Pour commencer, sur des dizaines de kilomètres, c'est la misère : maisons abandonnées, terre pelée, véhicules rouillés, en pièces. Conséquence de la crise économique. Nous passons un secteur très industriel et la Route 66 disparaît, nous devons emprunter l'autoroute : un fleuve de voitures et de camions au ralenti sur 8 voies !
Le décor change, finis les sommets rabotés, cette fois ils sont pointus. La route sillonne des vallées profondes. Nous descendons vers Los Angeles. Encore une fois, un orage s'installe, violent. Nous nous abritons sous un pont puis nous repartons.
Los Angeles est enrobée d'une brume colorée. Asthmatiques s'abstenir !

Le saviez-vous ?
La Californie, 3e État du pays après l'Alaska et le Texas, fut le berceau de la ruée vers l'or au XIXe siècle. Aujourd'hui, elle bouillonne d'hédonisme, dans un melting-pot de cultures très favorable aux différentes formes d'art (écriture, photographie, cinéma…).
Le climat, très propice aux tournages en extérieurs, a engendré la naissance des studios les plus connus : Universal en 1915, Paramount en 1916 et Warner en 1923.

Santa Monica

L'agglomération est énorme et le fleuve de voitures ne tarit pas. Au bout d'une rue, entre les immeubles, soudainement, le Pacifique ! Nous y sommes. Premier bain, immédiatement, dans cet océan !
Et puis le panneau de fin de cette Road 66.
Ça nous coûte 64 dollars d'amende pour stationnement illégal… La Mother Road nous en aura fait voir.
Il est tard, nous trouvons un motel de "quartier chaud", minable mais nous sommes fatigués et heureux.
La cloche (traditionnel porte-bonheur de la Route 66) aura bien rempli sa mission.

26e jour

Los Angeles

Notre programme n'étant pas de visiter L.A, la ville du cinéma, nous faisons juste une halte pour voir les lettres "HOLLYWOOD" en vrai ! Pas facile de monter sur cette colline, la route étroite, toute en virages serrés nous rappelle Oatman (voir les épisodes précédents). Mais ici, le seul risque est de tomber dans la propriété d'un milliardaire…
Et nous reprenons notre itinéraire, tranquillement.

Malibu / Santa Barbara 

Road trip Harley sur la Route 66 3 0Arrêt indispensable, nous l'imaginons telle une belle et grande plage de sable fin plantée de palmiers, de surfeurs musclés et de sauveteuses en mer généreuses… Le rêve s'estompe.
Nous sommes un peu déçus, même si la route montagneuse qui descend vers ce lieu si connu passe par un petit canyon ravissant, surtout à moto.
Le bain que nous y prenons est bien agréable, bien qu'une bikeuse française accompagnée d'un bikeur un peu fatigué détonnent un peu en ce lieu. Ici le parking, c'est 5 dollars la demi-heure.

Ensuite, Santa Barbara "tu me diras pourquoi j'ai le mal de vivreeee", autre bain indispensable. Nous sommes prêts à investir ces lieux mythiques de la Californie, à condition qu'il y ait la mer. Puis, salés et rafraîchis, nous étudions notre programme de fin de voyage. Il faut bien une fin. 

Demain nous avons une visite réservée à 7 h 30, le lieu de rendez-vous est à 380 km. Impossible de reporter la réservation, pas question de l'annuler, vous comprendrez pourquoi plus tard…
Alors c'est parti !
Nous remontons de ce bord de mer si prisé pour emprunter la voie la plus directe vers Monterey.
Nous traversons une jolie région vallonnée où l'alternance des vignobles et des ranchs rompt la monotonie du trajet.
C'est en ces lieux, au bout de la Route 66, que Steinbeck a écrit "Les raisins de la colère". Les exploitants agricoles semblent s'en être mieux sortis que les ouvriers…
Ensuite, nous passons par des zones récemment dévastées par des incendies. Dans l'air, l'odeur des feux est encore présente.
Après le littoral, le thermomètre de la moto remonte brusquement et indique des températures à nouveau supérieures à 40°.
Le soleil a disparu, nous sommes sur des routes de montagne.
Puis l'immense plaine maraîchère de Salinas/Monterey nous indique sa présence par l'odeur des engrais et autres produits indispensables à une agriculture sûrement efficace mais dévastatrice...
Le motel est enfin devant nous, il est 23 h.

27e jour, le chant des baleines

Ce jeudi matin, nous partons rapidement vers notre lieu de rendez-vous sur le port de Monterey.
En bons Bretons du bord de mer, nous avons réservé une sortie en bateau dans la baie.
Il fait frais, un pâle soleil tente vainement de réchauffer l'atmosphère.
Le port est désert. En arrivant, nous sommes surpris par des centaines de phoques posés sur le jetée ou nageant paisiblement devant !
Nous embarquons avec une cinquantaine d'autres personnes pour une balade de 4 heures, avec l'espoir de voir... des baleines.
Mer d'huile, beau soleil, le spectacle peut commencer, et il commence ! D'abord quelques dos de baleines à bosses et puis cela devient un festival. Il y en a partout autour de nous !
Le bruit des souffles, le jet de brouillard d'eau par les évents, les mouvements lents des corps qui plongent, la danse des phoques à proximité. Et l'apothéose, une baleine qui joue la danseuse étoile.
Des sauts et des claquements de nageoires sous nos yeux.
Instants forts, c'est surréaliste et très émouvant. Nous rentrons, ébahis par tant d'inattendu.

Nous mettons un certain temps à reprendre nos esprits, puis nous empruntons la Route numéro 1 qui longe la côte. Il fait beaucoup plus frais.
Cette route côtière est bordée de champs de fraises sur des hectares, l'air en est parfumé.
Et dans les sillons de ces immenses parcelles, des hommes et des femmes, en rangs serrés, le dos courbé, font la cueillette de ce fruit si fragile. Nous supposons qu'ils sont payés au poids car nombre d'entre eux apportent en courant leur récolte au camion collecteur.
Nous avons peut-être retrouvé les ouvriers de Salinas, si bien racontés dans certains romans de Steinbeck.
Puis notre route retrouve le bord de mer.
Tôt dans la soirée, nous nous arrêtons dans un motel simple et agréable dans la petite ville de Redwood.

28 et 29e jour, San Francisco 

Road trip Harley sur la Route 66 3 1Dernière journée à moto. Des vols de grues et de pélicans nous accompagnent. S'il y a les traditionnels gratte-ciels, ils sont peu nombreux. La ville est principalement composée de maisons individuelles très colorées, souvent en bois peint, dans un style victorien. L'ensemble est harmonieux et reposant.
Nous allons repérer l’Airbnb du soir, puis direction le célèbre Golden Gate, passage obligé.
Nous nous égarons dans la ville, ce qui nous permet d'apprécier le relief bien connu de ses rues étroites aux fortes pentes. Nous sommes en plein film !
Nous franchissons le pont, pour une fois exempt de brouillard.
Splendide vue sur la baie, immense, sur la ville, accueillante, sur l'île d'Alcatraz, inquiétante.

Après avoir flâné dans les rues du bord de mer aux ambiances portuaires, nous allons rendre la moto chez Eagle Rider. Accueil désagréable, agressif et méprisant.
Pas grave, nous n'en apprécions que mieux l'attitude chaleureuse des Américains rencontrés durant tout ce voyage.
Le soir, sur une idée de notre hébergeur, nous allons au stade de San Francisco pour un match de base-ball de haut niveau : Les Giant's de San Francisco rencontrent l'équipe de l'Arizona.
Ambiance festive et détendue, c'est familial. Les supporters se côtoient avec gentillesse, pas de service d'ordre, beaucoup d'humour. Le football ferait bien de s'en inspirer. À la sortie, comme seul service de sécurité, quelques policiers, à vélo !
Et pourtant les Giant's (3 fois champions du monde) ont perdu. Ne nous demandez pas pourquoi, nous n'avons pas tout compris aux règles de ce sport.
Dernière nuit sur le sol américain, dans un joli quartier aux allures paisibles.

Nous profitons de la journée à San Francisco pour déambuler dans ses rues pittoresques et paisibles, bordées de maisons coquettes décorées avec beaucoup de goût.
De plus, la végétation des jardinets est luxuriante. Nous faisons évidemment un pèlerinage devant la "Maison Bleue" soi-disant adossée à la colline. Sacré Maxime, il nous a bien eus !
Ici, la pente est omniprésente, cela donne un cachet rare à cet ensemble urbain, à commencer par les rues. Et comme toutes les villes, il y a un envers au décor.
Pour ce que nous en avons vu, les hauteurs sont cossues, les bords de la baie sont très touristiques, et entre les deux, il y a tout le reste. Des quartiers administratifs au quartier de la finance en passant par le quartier chinois et celui de la misère. Et ici, la grande pauvreté s'affiche clairement dans la rue.
Nous quittons la Côte Ouest, heureux d'en avoir découvert ses paysages mais ça sent la fin de voyage. Dur dur…

30e jour, clap de fin 

Nous venons de survoler de nuit le pays que nous avons eu le bonheur de traverser à moto.
Promenade dans New-York, nous en profitons pour faire un saut à Central Park. C'est bien sûr rempli de New-Yorkais et de touristes qui s'y promènent, à pied, à vélo, en calèche, en barque ou en roller. Ambiance paisible dans ce parc gigantesque situé en plein milieu de Manhattan. 

Et puis c'est le retour à l'aéroport JFK. Nous quittons pour de bon les États-Unis, en empruntant un vol de remplacement (logistique aérienne…) qui nous mène directement à Paris.
Et enfin, c’est Flixbus direction Vannes, avec un chauffeur quelque peu caractériel.
La fin du projet, le décalage horaire, le changement de rythme bref, la rupture après ces trente jours d’aventure merveilleuse est soudaine. 

Voilà, notre incroyable road-trip est terminé, que d'émotions… Et le plaisir d'avoir partagé avec vous, amis lecteurs, nos aventures au fil de ces 3 numéros du JDM. Nous espérons vous avoir fait rêver et vous avoir donné l'envie de tenter ce défi. 

Road trip Harley sur la Route 66 3 2

Un fabuleux voyage aux USA à lire ou à (re)lire : 

Sacoche réservoir complète,
Deuxième partie,
Première partie.

 

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Norvège à moto. Le cap Nord en solo et en side

Par Eddy Lachouque de Foissiat (01, Ain)

Fort de mes différentes expériences à moto et attiré par le cap Nord et ses aurores boréales, je décide de m’y rendre en side-car. Ce voyage hors du commun aura un but caritatif et plus particulièrement en faveur des enfants en difficultés familiales. Beaucoup de copains et plusieurs enseignes du coin me soutiennent (financièrement et en équipements).
Après avoir préparé le side (prêté par le coordinateur de la FFMC01) spécialement pour le périple et rassemblé tout le matériel nécessaire, je décide de me lancer fin février.

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Le side-car

GSX1100 G de 1992 Panier GX Racer
Modifs :
• Augmentation du pincement.
• Mise en place d’un système pour durcir ou assouplir la direction.
• Couplage d’un second frein sur la roue du side avec la roue arrière de la moto et remplacement du maître cylindre d’origine de 12,5 cm par un 19 mm puis rajout d’un limiteur de frein à réglage manuel.
• Fabrication d’un second faisceau électrique indépendant pour le branchement des éléments chauffants en particulier la tenue complète chauffante Gerbing (chaussettes, pantalon, veste et gants) et de multiples prises GPS etc.
• Installation d’une batterie de secours dans le coffre du panier, branchée sur une prise allume-cigare pour qu’elle conserve sa charge.
• Manchons chauffants sur le guidon.
• Pneus neige avant de la moto et panier Hankook, ce sera un Dunlop pour l’arrière de la moto. Des clous spéciaux y seront vissés en cours de route.
• Installation d’un cerclage en acier autour du panier pour le protéger puis installation d’un second phare sur le côté du panier pour éclairer l’accotement.
• Huile moteur la plus fluide possible et bien sûr révision d’usage avant le départ. À noter que par températures extrêmement basses, j’ai appauvri la richesse ¼ de tours pour que le moteur conserve une bonne température de fonctionnement.
• Des cales pour le side dont une cloutée et une caisse à outils bien garnie.

Équipement

En plus d’une tenue conventionnelle d’hiver,1 veste chauffante Gerbing, gants chauffants Gerbing, chaussettes chauffantes Gerbing, pantalon chauffant Gerbing. Le must !
Tenue de pluie 100 % étanche
Bottes de haute montagne -40
Duvet -10 + 1 duvet -40
Réchaud à gaz et 2 réchauds à alcool fabrication maison
Tente 2 secondes Décathlon
Pelle américaine
Réserve de 6 litres de carburant

Le saviez-vous ?
La Norvège est située au nord du Danemark et à l'ouest de la Suède.
Géographie. C'est un pays peu peuplé : 1 habitant au km2 (pour 14 habs/km2 en France). Les paysages donnent une beauté brute, entre glaciers et fjords. Février est le mois le plus froid avec des températures moyennes entre 0° et -6° mais des records de -24°C.
Histoire. Les premiers Hommes, les Komsa, s'installent en 9000 av.J.-C. Ce sont les ancêtres des Sami, l'un des derniers peuples aborigènes du Grand Nord.
L'ère des Vikings débute en 793 et s'achève en 1066 avec la mort d'Harald III. S'ensuivent plusieurs guerres avant la première Constitution en 1814.
1913. En avance sur de nombreux pays européens, la Norvège accorde le droit de vote aux femmes.
1940. L'Allemagne nazi envahit le pays jusqu'en 1945.
1994. Les Norvégiens refusent l'adhésion à l'UE.
2011. Le pays est marqué par la tuerie d'Oslo : 77 personnes meurent sous les balles d'un terroriste d'extrême droite.
De nos jours. C'est une Monarchie Constitutionnelle, le roi Harald V (depuis 1991) ne joue qu'un rôle honorifique. Le gouvernement est composé du premier ministre et de l’équipe ministérielle, tous nommés par le roi.

1er jour, Bourg-en-Bresse / Mulhouse 

Le grand jour est arrivé. Je démarre de Bourg-en-Bresse (01) du local de la FFMC01 accompagné par une trentaine de copains sur le début du périple. J’enchaîne les villes : Macon (71), Mulhouse (68) avant de bivouaquer vers minuit dans un champ juste avant l’agglomération. Je m'aperçois malgré les essais effectués que ma vitesse maximum ne pourra être que de 110 car au-delà je devrais m'arrêter tous les 90 km pour le plein. Ça suce ces engins ! J'en déduis que rouler plus doucement me fera gagner du temps car je m’arrêterai moins souvent. Les modifications opérées sur le side sont géniales, en particulier le réglage du pincement. Parfois j'ai l'impression d'être sur des rails. Avec le poids des bagages je sens la roue du panier collée au sol. Je me sens en sécurité.
À noter : les copains m’ont dit « un side, ça passe partout ». Ben non, la suite me le dira… 

2e jour, Mulhouse / Hambourg 

J'ai prévu d’atteindre la Baltique le soir après 1000 bornes d'autoroute que je voudrais torcher vite fait car ça m’ennuie. Mais avant je dois passer prendre des bottes et un duvet moins 40 chez Montagnes Expédition qui a la gentillesse de me prêter le matos. Je galère, le magasin a déménagé depuis peu. Au bout de 2 heures de recherches, un quidam m'indique le trajet. Je récupère le matériel, discute, échange… Le gérant est un alpiniste aguerri qui a voyagé dans le monde entier. Je lui montre donc ma tente 2 secondes Sport 2000 et lui explique que je ne la trouve pas top. Et là il me donne une tente Décathlon ! Vraiment sympa ce type ! 

Vers midi, je prends l'autoroute pour une longue traversée. Le side guidonne : le problème est dû à sa largeur d'essieu qui est inférieure aux traces creusées par les camions sur la voie. Mais je roule tranquillement. Vers 19 h je subis la première chute de neige 200 km avant Hambourg. Je m'arrête, pose les rangers, enfile les bottes moins 40, la veste et gants chauffants Gerbing ainsi que la tenue de pluie. J'en profite pour essayer les manchons chauffants. Ceux-ci sont pratiques car ils permettent de sécher l'extérieur des gants. Finalement, je ne serai pas à la Baltique ce soir mais j'ai fait 850 bornes et en side, pour une première je suis fier de moi. Je me pose dans un champ juste avant Hambourg. Je prépare mon repas sur le réchaud et file dormir. Mes avant-bras sont tétanisés et je pense que le sport que j’ai pratiqué est un sacré plus ! 

3e jour, Hambourg / Göteborg 

Je sors de la tente et remarque que la barrière est fermée. Le propriétaire est passé mais ne m'a pas dérangé. Avec mon expérience, je me répète qu’il n’y a vraiment qu’en France que je suis emmerdé ! Il est l'heure de partir. Le side est sur un chemin de terre étroit. Comment faire demi-tour ? Le champ est détrempé par les chutes de neige récentes. Je me remémore ce que m'ont dit les copains : un side ça passe partout. Je prends un peu d’élan et entame mon demi-tour dans le champ et ce qui devait arriver arriva. Je suis bien planté ! Pas moyen de pousser ni de reculer. Cette troisième roue qui devait être un avantage, là elle m'emmerde. Je sors mes sangles, les attache bout à bout. Heureusement j'ai la longueur nécessaire pour atteindre la partie sèche du sentier. Je vais sur la route pour stopper la première voiture qui passe. C’est mon jour de chance. Le mec s'arrête et me dépanne. C’est super, je n'ai pris aucun retard.

Je prends la route pour atteindre le ferry à 13 h en direction du Danemark. L’Aventure commence, quel bonheur ! Je dîne à bord (c'est le grand luxe) avant d’aller admirer la mer depuis le pont. Je ne voudrais surtout pas louper la vision des terres danoises.

Je descends regarder mon niveau de carburant avant d’enquiller la route en direction de Copenhague. Les kilomètres défilent. Je devrais arriver à la limite du rouge à la prochaine station. La réserve fait 30 km. Le prochain pont me paraît extrêmement long. Je ne prends pas de risque et stationne pour sortir le bidon de 5 litres que j’ai en cas d’extrême urgence. Mais je ne comprends pas trop ce que j'ai fait : je devais prendre 2 ferrys ! Arrivé à Copenhague, je m'arrête dans un Mac Do pour donner des nouvelles sur la page Facebook du voyage. Je me sens léger, heureux. Ce voyage n’est que du bonheur.

Je repars en direction de la Suède en traversant le grand pont qui enjambe la mer. Il fait nuit, c'est dommage mais je peux contempler au loin les magnifiques lumières de la Suède. À la douane suédoise, les autorités vérifient que j'ai les pneus nécessaires et je leur montre mes clous à visser qui sont dans le coffre. Je suis bien, je décide de rouler, rouler... Il commence à faire tard. Le brouillard est maintenant de plus en plus dense. J'essaie ce phare latéral que j'ai fixé sur le panier mais la visibilité ne s’améliore pas. J’essuie ma visière régulièrement avec la raclette fixée sur les gants chauffants Gerbing. C’est trop génial ! La route brille. Je me demande ce qu’est ce truc sur ma visière quand j'essuie. De la glace ! Waouh c'est la première fois. C'est bizarre cette tenue chauffante qui désormais ne me quittera plus. Je ressens du chaud alors qu'il gèle. Habituellement à moto, le ressenti du corps correspond à ce que tu vois et là pas du tout. Je me dis qu’il faut faire gaffe et être plus vigilant. La chaleur ressentie pourrait me faire oublier que je roule sur le verglas surtout en journée. Il est 23 h et je suis près de Göteborg. Le brouillard est trop dense ; c'est dangereux. Je me pose à l'entrée d'un village, mange un cassoulet au réchaud et direction mon duvet !

4e jour, objectif Oslo 

Je suis quasi à la moitié du chemin jusqu'au cap. J’ai prévu de passer par la Norvège mais pourquoi pas la Suède ? Je sors la tête de la tente et découvre un magnifique paysage blanc de givre. Il est superbe ! Après un café vite avalé, je plie le campement. C’est un peu galère, la capote du panier est gelée, les fermetures aussi. Il est temps de reprendre la route pour arriver au Kristall Rally (47e hivernale norvégienne), à 300 km au nord d’Oslo le soir.
Il y a un grand soleil toute la journée et je suis impatient de quitter la 4 voies tout en me demandant comment ce sera après. Je quitte ce grand axe et là c'est génial ; je découvre la vraie Norvège, les petits villages, les jolies maisons en bois rouges ou blanches. Tout est recouvert d'une très grosse couche de neige mais je roule encore sur le goudron sauf par endroit. La circulation est très dense sur cette petite nationale. Je ne roule pas vite mais je profite.
Au fur et à mesure que je me dirige vers le grand nord, je commence à éveiller la curiosité des locaux. Dans les stations-services, les gens me posent des questions, me prennent en photo, c'est bizarre. 

Le soleil commence à bien descendre. Cette petite route sans marquage au sol est bien sinueuse et commence à glisser. Il me reste environ 200 bornes. Je m'arrête pour un ultime plein, fume une clope, dégivre la visière. Mais pas moyen de repartir, ça glisse ; les stations ne sont pas dégagées et je n'ai pas encore vissé mes clous.
Je ne le sais pas encore mais ce qui m'attend sera la pire portion de route que je ferai en Norvège. 50 km à 40 à l'heure entre les camions sur une route en travaux. Je roule visière ouverte, je ramasse toute la poussière, j’en ai plein les yeux. La route est peu large, très cabossée, j'ai du mal à voir les trous, il fait nuit. Ça secoue fort ! Et en side pas évident !
Cette portion achevée, je m'arrête boire un petit café. Je vérifie ma monture. Tout va bien, je continue. J'arrive à Tynset quand les choses sérieuses commencent : la ville n'est pas déneigée, le side patine dans les côtes. Je pense qu'il s'agit de chutes de neige récentes, que plus loin ça ira mieux mais je me trompe. Je vois les panneaux qui indiquent la ville de Roros à 50 bornes. Super je suis presque arrivé mais ce sont mes premiers tours de roue sur la neige et la glace et je me demande combien de temps je vais mettre pour abattre cette distance. J’ai atteint ma vitesse de croisière environ 50 à l'heure. Avec mes vêtements chauffants, j'ai l'impression qu'il fait doux, je me sens heureux et je fais fi du temps qui passe. Le side a un comportement très sain. 

Parenthèse au Kristall Rally
Arrivé à Roros, je trouve l'hôtel du Kristall Rally, je prends ma chambre et me précipite au resto pour casser la graine. Je passe la soirée avec un français venu en side également, de Lille je crois.
La neige, le verglas, le froid, les crevaisons et les galères sont présents sur une bonne partie du trajet…
J’arrive au cinquième jour de mon périple. Je déjeune tôt avec le Français. On rencontre les organisateurs, on papote mais je dois partir. Je fais mon sac, je visse les clous dans mes pneus avec une visseuse prêtée pour l’occasion. C'est nickel. J'avais observé les roues des locaux pour savoir comment les disposer. Je décide de ne pas clouter la roue du panier du side. J'ai peur qu’en cas de gros freinage ça me fasse dévier sur la droite. Il m’est difficile de partir surtout que les rencontres et les échanges se multiplient mais il faut y aller !

Ma tente sous la neige… 

Il neigeote sur le départ mais le soleil fait son apparition très vite. Je roule en direction de Haltdalen sur une route qui traverse les gorges de la Glomma. Elle est complètement enneigée mais je me régale avec le soleil, les paysages, les fortes pentes où le side tient bien le pavé. Sur ces départementales avec une autonomie essence limitée, il est parfois difficile de trouver du carburant. Il faut anticiper mais la beauté des paysages me fait oublier tous ces petits tracas.
Au fur et à mesure que l'après-midi se passe, la neige commence à tomber. Sur la visière du casque, elle accroche, c'est vraiment casse-cou. Je suis à Stroren quand je retrouve l’E6. La visière commence à geler des deux côtés. J’utilise mon chiffon rangé dans ma veste chauffante et je m'arrête régulièrement pour dégivrer.
Un ultime plein et je pose la tente sur la neige pour la première fois de mon voyage. Je suis à l'abri sous les arbres et j'ai trouvé une combine pour faire tenir les sardines de la tente dans la poudreuse. Je cuisine mon repas avec le réchaud à alcool fabriqué maison pour l'occasion. Il y a un épais tapis de neige. Je gare le side en pente pour avoir le bénéfice du poids et repartir plus facilement le lendemain matin. Je lui mets les cales à clous qu'un pote m’a fabriqué car il a tendance à glisser. Je sors le duvet de sa housse, il conserve sa forme, il est gelé ! Ça va être dur de s'enfiler dedans ! Je m'endors sans difficulté après avoir secoué le toit de la tente pour faire tomber la neige et soulager en poids.

6e jour, galères et solidarité 

Je me réveille avec le toit de la tente à 10 cm du nez, affaissée par la neige. Pour me brosser les dents je dois faire chauffer le dentifrice au bain-marie pour le décongeler. Je galère pour enlever les cales. Le side a glissé. Je démarre, le poids dans la descente m'aide à braver l'épaisseur de neige mais en bas je reste coincé. Je dois dégager la neige à la pelle sur quelques mètres pour regagner le goudron. Je roule en direction de Trondheim. Les kilomètres, pauses cigarettes, carburant et photos se succèdent mais j'entends un bruit bizarre. Le side part en crabe dans chaque courbe et sur chaque irrégularité de la glace. Je dois me rendre à l'évidence, j'ai crevé. Je découvre que le froid et le pliage du tuyau ont percé celui-ci. Je me retrouve sans rien pour regonfler. La prochaine station indiquée par le GPS est dans 5 km. Je décide d'y aller tout doucement avec des pu... de camions qui collent au c... du side qui roule en crabe. Arrivé à la station, je trouve le clou qui a provoqué cette crevaison. Je le visse plus profond pour l'isoler du contact avec la glace. Le produit que j'ai fait mettre dans le pneu pour pallier la crevaison doit être gelé. J'achète une bombe anti-crevaison, ça a l'air de tenir. Je repars sur la glace et sous la neige. Les manchons de mes gants chauffants sont gelés mais les gants sont chauds et confortables à l'intérieur.
Il fait nuit, je dois trouver un endroit pour poser ma tente. Je m'arrête moteur tournant pour alimenter mes équipements chauffants, consulte mon GPS et dégivre ma visière. L'idéal serait de camper à l'entrée d'une ville pour trouver des gens qui me dépanneraient en cas de souci. Au moment de repartir, batterie hors service. J'ai consommé trop de courant au ralenti. Je suis seul dans la nuit et le froid au bord de la route. J'ai une batterie de secours mais je me dis que j'ai peu de temps pour éviter les engelures aux mains. Le plus judicieux serait d'arrêter une voiture. Je compte sur la chance que j'ai toujours quand j'ai un pépin. J'ai bien fait, un fourgon arrive. Les câbles branchés, le moteur vrombit au premier coup de démarreur. Je décide de dormir à l'hôtel pour démarrer du bon pied le lendemain matin, charger la batterie. J’en ai vu un à 5 km, demi-tour et go ! Pas besoin de redégivrer la visière, elle restera ouverte. Il n’y a que 5 bornes (grave erreur !). Je suis surpris de ne pas trop ressentir le froid, juste quelques picotements sur le front. 

Sur le parking de l'hôtel, il y a des camions militaires partout. L'hôtel est complet à cause de la manœuvre militaire. Un gaillard que j'ai croisé a entendu la conversation. Il me conduit dans un bâtiment où se trouvent à l'étage une grande cuisine et un grand salon. Il me montre le canapé pour passer la nuit, me prépare à manger, c'est super cette aide ! C'est un motard admiratif. Ses potes arrivent et décident de me donner une vraie chambre avec douche, wifi, chauffage. C'est le luxe. La soirée se passe en discussions, échanges au milieu de cette solidarité motarde. Avant de me coucher, je regarde la carte. Je suis monté en 6 jours et il m'en reste 9. Les ennuis de la journée m'ont retardé et j'ai trainé un peu au Kristall Rally. Si je veux accélérer le rythme, je dois changer mon parcours et faire une croix sur les îles Lofoten.

Je décide de passer en Suède car là-bas les routes sont dégagées. Dans 50 km au nord, il y a une petite route pour bifurquer, je vais la prendre. Avant de me coucher, j’apprécie une bonne douche bien chaude. C'est là que je m'aperçois que les 5 km visière ouverte ont fait des dégâts. J'ai le front gonflé et une arcade rouge, une brûlure de froid. Je décide de ne pas la soigner malgré la pommade que j'ai prévue. En effet la pommade contient de l'eau et si je l'applique au contact du froid, l'eau va geler et accentuer la brûlure.

7e jour, fin du rêve, demi-tour 

Le soleil est présent pour plier bagage. Le copain est parti au boulot, je suis seul. Je file prendre un petit déjeuner à l'hôtel d'en face. Des gens super accueillants refusent que je règle mon repas. Il faut dire que depuis hier soir, je suis un peu l'attraction du village. Après avoir galéré à dégeler le commodo de la moto, je trouve un gars avec des câbles et une voiture pour démarrer la bécane. Le radiateur d'huile fume. Malgré les -30° de cette nuit, la moto tourne nickel. C’est reparti en direction de la Suède.
J'alterne entre soleil et chutes de neige. Au moment où j'arrive à la hauteur de la bifurcation de la Suède, je croise une voiture de curieux, j'en profite pour me renseigner sur l'état de la route. Je remarque que celle-ci est entièrement sous la neige, et il doit y avoir des congères d’1 m 50 de chaque côté. Ils m'expliquent que c'est comme ça sur 200 bornes. La prochaine station est à 140 km j'ai une autonomie de 200, j'ai fait 50, ça devrait être bon et j'ai une réserve de 6 litres dans le panier. Je m'engage sur la route. À 50-60 ça va mieux sur la poudreuse que sur la glace et il fait un beau soleil. C'est magnifique.
2 km plus loin, je croise un papy joggeur, il me confirme qu’il a fait -30 la nuit précédente. Si le vent se lève il va rabattre toute la neige sur la route et je serai coincé. Je continue quand même sur quelques kilomètres puis m'arrête prendre quelques photos. Je dois me rendre à l'évidence. Passer par la Suède n’est pas possible, par la Norvège c’est trop lent. Je dois faire demi-tour.
Le papy joggeur arrive à ma hauteur, on discute, on échange, il m'invite à boire le café. Je le monte en passager sur la moto et on file chez lui. Klaus me prépare un petit « quatre heures ». Son chalet est splendide et son accueil vraiment chaleureux. Vu ma déception de faire demi-tour, cette chaleur humaine me fait du bien et je me dis que je n'ai pas tout perdu, que ce n'est pas un échec. Il y a les rencontres avec les gens et ça aussi c'est l'aventure. J'ai roulé sur 400 km de glace que je dois refaire pour redescendre. Je dois prendre la décision de repartir de chez lui. La nuit tombe vite et les températures aussi. Je renfile mon équipement et je redescends chez le motard pour lui demander s’il accepterait de m’héberger une nuit de plus afin de planifier ma descente. Je voulais descendre par la Finlande mais ça va être compliqué à cause de l’impossibilité des routes suédoises. Je décide de redescendre par les fjords et la route de l'Atlantique. Le motard et ses copains acceptent sans difficultés de m'accueillir pour la nuit. Ils me préparent un bon repas et c'est fête et moto neige une grande partie de la nuit. Les balades en moto neige sont géniales avec la rencontre des rennes dans les forêts, les plaines. Cela restera un moment gravé dans ma mémoire à jamais.

8e jour, cool attitude 

J’ai dû lourdement insister pour payer mon petit déjeuner que le patron de l’hôtel voulait encore m’offrir. Je vais faire mes adieux à mes nouveaux copains autour d'un petit café. Je décide de me diriger vers la route de l'Atlantique puis la route des Aigles (qui relie Geiranger à Eidsdal). La descente commence doucement. En fin d'après-midi, je regagne le goudron. Je n'enlève pas les clous malgré les 2 crevaisons qu'ils provoquent chaque jour. Je prends le temps de rouler, bref c'est la cool attitude. 

9e jour, la magie des fjords 

Je décolle tôt car je prévois de camper juste au départ de la route de l'Atlantique le soir (près de Kristiansand) afin d'en profiter un max le lendemain.
À l'approche des fjords, je suis émerveillé. Les montagnes qui plongent dans l'océan très calme, les petits villages de pêcheurs et le coucher du soleil sont des visions quasi irréelles.

Je crève juste devant un marchand de pneus. Il ne prend pas la CB ni les euros, je n'ai plus de monnaie locale et le pire, c'est qu'il a des bombes anti-crevaison qu'il refuse de me vendre. Apres avoir beaucoup insisté, il accepte de troquer une bombe anti-crevaison contre un paquet de cigarettes.
Après une pause casse-croûte à Kristiansand, j'en profite pour visiter cette très charmante petite ville faite de béton et de jolies petites maisons en bois. C'est très calme, les températures sont douces. La paisibilité du lieu me donne envie d'aller planter ma tente dans un fjord au bord de l'océan. Tout en me rapprochant de la route de l'Atlantique, je cherche ce lieu de campement que j'imagine. C'est très dur en side de trouver. Il faut prévoir la place de manœuvrer et de faire un demi-tour en cas de voie sans issue.
J’arrive à un péage et je me trouve sur une petite île magnifique recouverte de très charmantes maisons, toutes illuminées devant lesquelles sont stationnées des voitures de luxe. Je dois être sur la "star island" locale. Il y a même une plateforme pétrolière assez impressionnante par sa taille posée au milieu de fjords. J’arrive finalement à trouver un îlot sur la route de l'Atlantique. L’océan m'entoure, les températures sont positives. C’est relaxation et bonheur total.

10e jour, sous la tempête ! 

Je me réveille au petit matin, entouré par l'océan. Sur la route de l'Atlantique, je décide de rebrousser chemin pour la revoir dans la clarté. Je traverse les îlots de pont en pont. Je prends le temps d'admirer les montagnes au loin puis je regagne le continent. Les températures sont clémentes, le side a maintenant complètement dégelé. Je prends la direction de la route de l'Aigle dans le fjord de Geiranger. Je roule sur de grands axes puis sur de petites routes encore gelées. Heureusement que j'ai gardé les clous. En début d'après-midi, je longe le fameux fjord où les immenses falaises tombent dans l’océan. De l'autre côté, j’aperçois le village de Geiranger. Attendant le ferry, quelques locaux présents m'informent que la route est fermée en prévision d'une tempête. C'est vraiment une grosse déception pour moi pour 2 raisons : je n'aurai peut-être pas l'occasion de la refaire et cela signifie la fin du road-trip. Maintenant, il faut penser au retour. 

Je reprends la route doucement en direction de la E6 en traversant les montagnes pour rejoindre Dombas de l'autre côté. Je consulte mon GPS comme souvent pour planifier mes ravitaillements en carburant. La route se trouve dans un couloir entre deux montagnes et les nuages sont très très bas. Au fur et à mesure que je monte, les conditions sont de plus en plus difficiles. Je comprends ce qui m'attend quand je vois les panneaux qui indiquent les chaînes obligatoires pour les camions. Je ne suis pas sûr de pouvoir atteindre la prochaine station, je décide d'utiliser mon jerrican de secours. Et c'est à ce moment que je m'aperçois que je suis de nouveau crevé à l'arrière. J'ai tout de même réussi à rejoindre la station de Bjorli limite à la tombée de la nuit. Je fais le plein et achète une énième bombe anti-crevaison. Il y a de la m... dans la valve ou de la glace ! La mousse ne pénètre pas dedans je débouche à coup de gonfleur. J'arrive tout de même à en mettre dans mon pneu, suffisamment, je l'espère. Puis c'est reparti en direction de Dombas, la destination finale pour cette journée.
Il fait nuit quand la tempête annoncée arrive. C'est la grosse grosse galère. Je prends d'énormes rafales latérales, le vent rabat la neige sur la route. J'en ai plein la visière. Les véhicules derrière moi m'éblouissent, ceux de devant aussi. Je ne sais même pas où je roule. J'essaie d'anticiper les rafales mais j'ai l'impression qu’elles m'arrachent la tête ! Je fais de gros écarts avec le side et je sais que ça ne pardonne pas ! J’ai les boules ! C'est un gros soulagement quand j'aperçois tout en bas les lumières d'une ville. Pourvu que ce soit Dombas mais il me reste encore 50 bornes à faire ! Et je n'imagine même pas m'arrêter maintenant pour trouver un endroit où camper. Je ne trouverai pas, la visibilité est trop réduite. Pas le choix il faut continuer. C'est vraiment un gros soulagement d’atteindre Dombas. Je me réfugie dans le premier hôtel que je trouve, je suis vanné. 

Le saviez-vous ?
La route de l'Atlantique relie les communes de Eide et Averøy en survolant la mer d'îlots en îlots, sur des ponts (8 au total) à la merci des vagues et du vent. Longue de plus de 8 km, elle est devenue une attraction touristique. 

11e jour, Oslo 

Il y a encore du vent, mais beaucoup moins. Je fais ma première halte à Lillehammer pour voir le toboggan des jeux olympiques. Le site des JO est vraiment impressionnant, le ski ne m'intéresse pas plus que ça mais je suis content de l'avoir vu. L'après-midi est déjà bien avancée quand je reprends la route. Après 2 crevaisons supplémentaires, j'arrive à Oslo vers 19 h. Les routes sont verglacées mais pas suffisamment pour que les clous pénètrent bien alors je fais gaffe. Je visite un peu la ville, c'est vraiment sympa surtout quand je circule sur les rails de tramway où les roues du side se calent et me font rouler en crabe. Le brouillard est givrant, c'est tellement verglacé que ça glisse tout seul ; c'est très amusant. Apres m'être restauré et avoir pris le temps de visiter, je campe à la sortie de la ville. 

12e jour, finis les clous 

Je sors de Norvège avec pour but Göteborg en Suède. À froid le side déconne un peu, il tourne sur 3 cylindres en dessous des 3000 tours, mais dès que le moteur est chaud, il revient sur 4 cylindres. Je vérifie un peu tout mais difficile de savoir si c'est un défaut de carburation ou un souci d'allumage dû à l'humidité sans approfondir. Il est midi sous le grand soleil quand je décide de m'arrêter pour enlever définitivement les clous. Le soir, je visite Göteborg. C'est une ville magnifique avec plein de beaux bâtiments. J'ai le temps, j'en profite. Puis je reprends la route pour trouver un endroit où dormir. Je suis très méfiant. Les températures oscillent entre le positif et le négatif, le sol est très boueux et je ne voudrais pas me retrouver coincé comme en Allemagne en montant. Ce sera la première fois que mon duvet n'est pas congelé en le sortant du panier.

13e et 14e jours, retour à la maison

Je quitte la Suède, traverse le Danemark puis redescends par l’Allemagne jusqu'en France. La neige et la pluie me suivront quasiment jusqu'à chez moi. Le side déconne de plus en plus. Il est temps de rentrer pour lui. Ce voyage avait un but caritatif, 800 € ont pu être reversés aux enfants en difficultés familiales. 

C'est la fin d'une aventure formidable, je suis fier de moi, même si je n'ai pas été jusqu'au bout. Il fallait tout de même oser le faire ! Je suis resté sur ma faim. Je pense le refaire cet hiver. Affaire à suivre…

Un grand merci pour leur soutien : les magasins d’usine Motoport, Gerbing, Zerider, Moto axe, Suzuki Bourg-en-Bresse, Speedy, les mutuelles d’assurance Viriat, Pizza Pasta, les boxeurs Burgiens, la FFMC0, le groupe de rock The Watts et tous les copains.

Une superbe aventure à retrouver dans le numéro 114 du JDM que vous pouvez acheter dans notre boutique en ligne.

signature cendrillon


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