Second coup de maître

Article paru en mars/avril 2017 (JDM 104)

Par Rémi Darodes

Conditions de l’essai : 350 km sous le soleil éclatant de la Drôme provençale. Objectif Mont-Ventoux, départ de Valence en passant par Nyons. Température oscillant autour des 30°C.

 photo gaucheAvant 2009, BMW Motorrad c’était des machines routières, exemples de robustesse et de rigueur. Des motos bienséantes, un poil austères, mais toujours partantes pour une traversée des lands voisins. La plus sportive d’entre elles était la K1300 S. Lourde et engourdie, elle ne put jamais vraiment rivaliser avec l’artillerie japonaise et européenne. Vexés, les ingénieurs allemands répondirent à cet affront en produisant l’arme la plus redoutable. Ainsi nacquit la S1000 RR.
À sa sortie, elle mit tout le monde d’accord. Véritable monstre de performance ; avec une puissance frôlant les 200 chevaux, une électronique de pointe, elle instaura de nouveaux standards. Inchangée depuis sa sortie, les munichois réalisent aujourd’hui un second coup de maître avec cette nouvelle mouture. Ils sont parvenus à transformer la machine la plus radicale et efficace de la production, en l’hypersport la plus agréable et adaptée sur route ouverte.

 

La S1000 RR est un missile. C’est l’une des 1000 hypersports les plus performantes de la planète. Son secret ? Elle le porte dans ses entrailles avec un 4 cylindres magistral, sans doute le plus explosif jamais créé. Une fois encore le calibre allemand s’arme d’une électronique digne du SBK, mais également… d’un régulateur de vitesse et de poignées chauffantes. Oui oui vous avez bien lu. Voici l’esprit de la nouvelle bombe d’outre-Rhin, une garce de paddocks qui tutoie les hautes sphères de la performance mais qui est aussi capable de se muer en douce compagne de départementale. La marque à l’hélice tenterait-elle de se rapprocher de sa clientèle originelle ? Ce qui est sûr c’est que cinq ans après elle réalise un second coup de maître.

Excentricité atténuée de la BMW S1000 RR

Côté esthétique elle conserve son identité mais semble un peu moins l’assumer. Toutes les formes ont été étirées pour rendre la moto plus perçante, presque japonisante. Finis les traits abruptes originaux caractéristiques de la rigueur germanique. Les lignes sont plus effilées, les optiques avant ont été allongées et la pointe de la tête de fourche se pare d’un bec tiré vers le haut. Heureusement on retrouve ce sublime bloc optique arrière en forme de fourche de cristal et les ouïes latérales de squale, typique du modèle. La face avant asymétrique a également été conservée, mais inversée.


Le réel progrès est sur la finition. Forcément ! Sur route aucun “poly” de piste ne viendra masquer les imperfections ! Les plastiques sont de bonne qualité, des commodos aux carénages. Tout est parfaitement ajusté. Les fonderies sont dignement réalisées, une note toute particulière à ce somptueux et imposant bras oscillant. Bref, sans être extravagant tout est soigné et léché. On retrouve là cette fameuse “deutsche qualitat, harr”. En témoignent les double RR estampillés un peu partout sur la moto. C’est connu les allemands aiment bien doubler les “r” …

BMW S1000 RR : puce et bouton, une solution qui démange

Nous voilà installé à bord de la roquette germaine. Surprise. On reconnaît un commodo, celui du régulateur de vitesse, déjà croisé sur une K1200 GT de 2006. On a du mal à s’y faire mais c’est vrai, on est sur une sportive qui se veut polyvalente. La position a été retravaillée et devient moins exigeante que toutes les autres hypersports. Les premiers kilomètres sont bluffants. Elle est facile. On n’irait pas jusqu’à dire qu’elle est naturelle comme une de ses rivales japonaises (CBR). Elle est bien trop sophistiquée pour ça, mais force est de constater que l’électronique joue son rôle à merveille. Voilà donc le secret. Voilà comment ils ont rendu cette mécanique hors norme accessible. Les puces sont omniprésentes, en témoigne le poste de commande qui pullule de boutons. Nous sommes bien loin de l’époque du starter au guidon. Les premiers bienfaits se font ressentir sur la poignée de gaz Ride by Wire. Douce et ultra précise, elle donne la sensation d’avoir le poignet droit directement relié à la roue arrière, avec juste ce qu’il faut de mou pour ne pas se faire de frayeur. Vous avez évidemment le top de l’électronique embarqué directement hérité de l’aïeul HP4. Tout ça sera d’une grande aide pour calmer les ardeurs de la bête et éviter entre autres d’être en wheeling sur 60 km. Elle est très violente… gardez le pied sur le frein arrière ! Suspensions pilotées, cartographie moteur avec un mode pluie de “seulement” 187 chevaux (ils sont complètement fous !), un traction control ultra technologique... Bref, malgré sa démesure et sa puissance ahurissante vous disposez de tout un arsenal pour vous aider à contrôler l’engin.

BMW S100 RR : explosion contrôlée

Entre nous, heureusement. Quelle mécanique… La moto entière pourrait se résumer à son moteur. Et on exagère à peine. C’est incroyable comme ce moteur souffle fort. Très rempli à bas régime pour une utilisation routière la plus agréable possible, dépassez les 7000 tr/min et c’est un véritable ouragan qui vous arrache le casque. L’avant déleste, elle prend ses tours comme une furie. Ses 200 chevaux semblent dépourvus de toute inertie. La zone rouge est insondable, malgré tous les efforts réalisés et à plus de 200 km/h en fond de deux, c’est clair qu’on est très, très vite à l’étroit sur route ouverte.

Ce bloc est une arme de guerre, vous avez l’impression d’être élancé sur un obus de Panzer. Recroquevillé derrière la bulle, les gaz en position neutre dans les courbes, vous n’attendez qu’une fenêtre de tir pour ouvrir feux. Et dans une détonation assourdissante le moteur explose et vous propulse avec une rare violence.* Entre chaque accélération, il y a ce freinage... Si, dès que le shiftlight se met en route le moteur semble vous téléporter d’un point à un autre, léchez à peine le levier des freins Brembo et votre téléportation sera stoppée net. Ce freinage est suffisamment puissant et précis qu’il parvient à désinhiber la crainte d’accélérer malgré la puissance débordante. Une fois freinée, les courbes seront une formalité.
La moto est extrêmement stable sur l’angle. Un poil presque trop d’ailleurs, car malgré son poids restreint de 207 kg tous pleins faits, elle manque d’une once de vivacité comparée à ses concurrentes directes. C’est la position qui n’aide pas à être très mobile et vivace. L’avoir rendue plus confortable l’a aussi rendue un petit peu moins prompte à l’attaque. Elle est hybride, si bien que l’on cherche des repères et que l’on ne sait plus vraiment comment se mettre sur la moto. À l’inverse d’une assise très radicale comme chez une rivale italienne, où de toute manière on n’a pas le choix et on se glisse là où les concepteurs ont souhaité nous installer, ici cette “liberté” de positionnement rend la manœuvre compliquée. Mais c’est une bonne nouvelle pour les grands gabarits, car à défaut d’être très efficient, tout le monde s’y sentira à son aise. Cela résume une nouvelle fois la moto. Un mélange entre une comptine bavaroise doucement chantée par votre aimante maternelle, et une chanson de Rammstein tête décoiffée dans des enceintes de 4 mètres.
*Il n’y a qu’à regarder l’impressionnante course-poursuite de Tom Cruise sur une S1000 RR dans “Mission Impossible 5 : Rogue Nation” (sorti en mars 2015). Rien à ajouter ! Carole

Petites observations sur la BMW S1000 RR

Ce que l’on a beaucoup apprécié, c’est le shifter down&up dispo en option. Il fonctionne à la perfection et vous permet de monter et descendre les rapports sans couper les gaz et sans débrayer. Couplé avec le régulateur de vitesse, vous pourrez parcourir des kilomètres sans les mains, même installé sur la selle passager.
Autre bon point, le chant du moteur… La mélodie bavaroise est somptueuse, à plus forte raison avec l’échappement Arrow dont est équipé le modèle essayé. Comme sa langue natale, une fois déchicané, quelques grumeaux et crépitements se font remarquer à la décélération, délicieux. Mais gardez la chicane dans la poche, car si belle soit-elle la sonorité devient très vite assourdissante.

Malgré toutes ses qualités, cette moto a un défaut. Elle chauffe énormément. À nouveau centre des attentions ; le 4 cylindre pour être aussi sensationnel doit dégager beaucoup de calories. Les flux d’air dirigés vers les jambes, ainsi que les cuisses et les genoux qui tombent pile poil sur le cadre donnent l’impression d’enjamber une bûche incandescente. C’est simple si vous évoluez au rythme imposé par le code de la route et l’environnement urbain, prévoyez de la Biafine. Ou préparez-vous à rouler en position “canard”, jambes ouvertes vers l’extérieur toute la journée. Mais soyons honnête, ces rythmes-là ne sont pas les siens. Heureusement à des allures plus rapides cette chaleur s’estompe.
Par contre aucune excuse pour l’autonomie qui malgré les 17,5 litres du réservoir n’est pas la plus adaptée au long périple. Pour boucler les 350 km de l’itinéraire, presque trois pleins m’auront été nécessaires (certes, en mode slick).

La S1000 RR est une franche réussite. C’est une bien belle démonstration de savoir-faire et de génie industriel que nous propose le manufacturier allemand. Si elle a perdu une pointe en radicalité, c’est en faveur de la polyvalence, et pas du tout au détriment de l’efficacité. Il est clair que la moto tend le plus possible vers une utilisation routière, et elle s’en sort avec les honneurs. Un top-case en option ? Notre seul regret est de ne pas avoir pu l’essayer sur circuit. Ne serait-ce que pour mettre le régulateur de vitesse dans la grande ligne droite du Mistral au Paul Ricard ! Aussi, au vu de la frustration que nous a donné cet essai exclusivement routier, on pourrait préférer les versions roadster et trail. Les S1000 R et S1000 XR, toutes deux déclinées de ce moteur furieux ont de gros arguments à faire valoir, et jouent assurément à domicile.

Les +
Moteur démoniaque
Couple à bas et mi-régime
Dotations adaptées au périple routier
Stabilité sur l’angle

Les -
Chauffe beaucoup
Autonomie

Notes sur 10
Moteur : 9,5
Confort : 7
Fun : 8
Praticité : 6
Tarif : 5
Réponse au positionnement : 7

Fiche technique de la BMW S1000 RR 2016 (selon données constructeur)

MOTEUR
Type : 4 cyl. en ligne refroidi eau/huile, 4 soup/cyl.
Cylindrée : 999 cm3
Puissance : 198 ch à 13500 tr/min
Couple : 113 Nm à 10500 tr/min
Boîte de vitesse : 6 rapports
Transmission : par chaîne

PARTIE CYCLE
Cadre : alu et composite
Réservoir : 17,5 L
Hauteur de selle : 815 mm
Poids : 204 kg tous pleins faits
À partir de 17 450 €

Un gros remerciement à la concession DeltaMoto26 pour la grande confiance qu’ils nous ont témoignée malgré la sulfureuse machine prêtée ! Si une ZX10R passe par là on est preneur !
DeltaMoto26
28 av. Jean Monnet
26000 Valence
04 75 81 58 45
http://deltamoto26.com

La version 2017 !

Arrivée prévue en concessions au mois de février, la toute nouvelle S1000 RR se voit dotée en série du contrôle de traction DTC, d’une selle monoplace avec capot de selle passager. Le 4 cylindres passe à la norme anti-pollution Euro 4 et on note l’ABS pro. Enfin, elle s’offre une nouvelle robe gris métal.
Tarif annoncé : 17 650 €.


Voir les photos en cliquant sur l'onglet